IL Y A TRENTE ANS, ELVIFRANCE 2ème partie sur 12 : Jungla


Depuis toujours, Tarzan était considéré comme le roi de la jungle et Jane était sa compagne, mais les fumetti révisèrent cette proposition avec Jungla. Jeune fille à la peau blanche, élevée dans la jungle, Jungla veillait sur la sécurité des tribus locales contre les plus infâmes négriers, et des animaux contre les trafiquants de tout poil.

Jungla n° 4 (Elvifrance, 1970)

En 1968, Jungla la vierge africaine fait sa première apparition en kiosque dans une aventure «au cœur d’une Afrique explosive où s’affrontent mercenaires et magie noire !» Ce fut Renzo Barbieri (1940-2007) qui lança l’idée de cette tarzanide tout à la fois gracile et pulpeuse, et les premiers épisodes furent réalisés par le scénariste Paolo Trivellato (1) et le dessinateur Stelio Fenzo (2). Héritière de l’homme-singe d’Edgar Rice Burroughs et des Jungle Queens des comic books américain, Jungla était vêtue de minuscules pièces de tissu et était parfois accompagnée par Mogambo, un grand singe. Elle bénéficiait au surplus des conseils de Tattoo, esprit d’un sorcier africain, qui lui venait en aide lorsqu’elle se trouvait dans une situation délicate. La seule condition à cette protection était que la jeune fille reste pure et vierge. Bien évidemment, Jungla finit par être violée et perdit son lien privilégié avec Tattoo, ce qui marqua la fin de ses aventures héroïques.

Jungla n° 3 (Evifrance, 1970)

La version italienne de Jungla comportait 58 numéros publiés de septembre 1968 à décembre 1971. Contrariée par la censure, l’édition française dut se contenter de 34 épisodes, parus entre janvier 1971 et mars 1973, ne respectant pas forcément la chronologie originale et parfois amputée de quelques cases ou de quelques pages. Outre l’aspect sexué de Jungla, la commission de surveillance reprochait aux aventures de la jeune vierge d’être racistes. Un argument qui se conçoit totalement puisque les Africains étaient souvent représentés comme habitant des huttes, armés de sagaies, face à des aventuriers blancs débarquant en hélicoptère, avec des fusils automatiques. Mais, à ce jeu-là, il aurait fallu également interdire le Tarzan d’Edgar Rice Burroughs (1875-1950) décliné en comic strips à travers le monde et le Tintin au Congo d’Hergé (1907-1983). C’était aussi nier le fait que Jungla était, au même titre qu’Isabella ou Maghella, une simple fantaisie teintée d’un exotisme faisant plus appel à l’imaginaire qu’au réel. Georges Bielec (1936-1993) préféra donc saborder le mensuel et anticiper la fin de Jungla avant qu’une nouvelle interdiction ne le frappe. Ce qui arriva pourtant en 1974, six mois après l’ultime publication du titre !

Jungla n° 15 (Elvifrance, 1971)

Notes :

1 - Scénariste de Jungla, Paolo Trivellato a également créé, avec Stelio Fenzo, la série Belzeba pour Edifumetto, 30 épisodes de 1977 à 1979. Les éditions Tabou ont proposé un recueil des aventures d’un des premiers personnages hermaphrodite de la bande dessinée : Belzeba, la fille de Satan (dépôt légal : juin 2017).

2 - Outre ses collaborations avec les éditions Ediperiodici et Edifumetto, Stelio Fenzo est bien connu des fans de BD comme étant l’assistant du grand Hugo Pratt et le repreneur graphique de la série Capitaine Cormorant, publiée en France dans le mensuel Circus n° 22 (Décembre 1979) à 25 (Mars 1980).

Jungla n° 1 (Evifrance, 1970)

Sources bibliographiques :

Le site elvifrance.fr propose une foule d’informations sur cet éditeur hors du commun.

Panorama de la bande dessinée de Jacques Sadoul (J’ai lu, 1976) – article sur Jungla.

L’Encyclo des PFA d’Alain Beyrand (Pressibus, 1996)

Encyclopédie de la BD érotique de Henri Filippini (La Musardine, 1999) – articles sur  Renzo Barbieri et Stelio Fenzo.

Jungla n° 4 (Elvifrance, 1970)

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