HUMEUR : 49e Festival International de la Bande Dessinée


Jeudi 17, vendredi 18, samedi 19 et dimanche 20 janvier mars 2022
Angoulême (16)
bdangouleme.com

Annulé en 2020 et en 2021 pour les raisons qu’on connaît, le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême revient pour une 49e édition en live sans masque ni pass sanitaire, mais avec quelques nouvelles petites casseroles.


Après un article de La Charente Libre, paru en décembre 2021, qui reprend les conclusions d’un rapport de la Chambre régionale des comptes sur le financement public de la SARL 9e Art+, plusieurs médias en ligne se sont naturellement interrogés sur une certaine opacité du montage financier de l’organisation du FIBD. En effet, la SARL 9e Art+, dirigée par Franck Bondoux, qui a la charge du festival et touche des aides publiques à cet effet, fait appel, pour développer les partenariats nécessaires à cet évènement international, à la SARL Partnership Consulting, elle aussi gérée par Franck Bondoux. Il est reproché à 9e Art+ de ne pas mettre cette société en concurrence avec d’autres prestataires qui n’auraient pas Franck Bondoux comme dirigeant et qui pourraient être financièrement mieux-disants. Dans un communiqué répondant à ces accusations, 9e Art+ et le FIBD ont fort justement fait remarquer que la juridiction financière régionale constate dans ses conclusions que « l’ensemble des obligations réglementaires en matière d’information comptable (est) formellement rempli » et elle admet que « le Festival International de la Bande Dessinée (repose) sur une gestion parfaitement régulière et saine de 9eArt+ ». Chacun peut se faire son opinion en lisant l’intégralité du rapport d’observations définitives de la Chambre régionale des comptes disponible sur le site ccomptes.fr/fr/crc-nouvelle-aquitaine.


Afin de prendre en compte la problématique écologique devenue un « enjeu majeur du présent », le FIBD lance, pour sa 49e édition, un nouveau Fauve, le prix Éco-Fauve Raja récompensant un album qui met en avant la thématique écoresponsable. Le jury de ce premier Éco-Fauve Raja réunit François Olislaeger, auteur de Écolila (Actes Sud BD en 2019), Camille Étienne, activiste écologiste, Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à Énergie Atomique, Inès Léraud, journaliste et documentariste, et Sophie Szopa, directrice de recherche au Commissariat à Énergie Atomique. Une sélection de sept albums est alors proposée à la sagacité de ces cinq jurés : Agughia de Hugues Micol (Dargaud en 2021), Mégantic, un train dans la nuit d’Anne-Marie Saint-Cerny et Christian Quesnel (Écosociété en 2021), Le monde sans fin de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain (Dargaud en 2021), La désolation d’Appollo et Christophe Gaultier (Dargaud en 2021), Le droit du sol - Journal d'un vertige d’Étienne Davodeau (Futuropolis en 2021), Les oiseaux de Troubs (Futuropolis en 2021) et Urgence climatique d’Ivar Ekeland et Étienne Lécroart (Casterman en 2021). Tandis que certaines mauvaises langues font aussi remarquer que ce nouveau Fauve fait doublon avec le Prix Tournesol, décerné depuis 1997 par le Off du festival, les cinq jurés s’aperçoivent soudainement que l’Éco-Fauve Raja est parrainé par le groupe industriel Raja, ils démissionnent donc, sans attendre, à quelques semaines du début du festival. Plusieurs auteurs se rendant brusquement compte qu’ils peuvent participer sans le savoir à une opération de greenwashing demandent que leurs œuvres soient retirées de la sélection, mais as tous. Le premier Éco-Fauve Raja est donc attribué aux Canadiens Anne-Marie Saint-Cerny et Christian Quesnel pour Mégantic, un train dans la nuit.


Depuis 1974, la ville d’Angoulême, à l’occasion du Festival International de la Bande Dessinée, décerne un prix récompensant un auteur pour l’ensemble de son œuvre. Le palmarès compte ainsi à son actif des artistes faisant partie de l’histoire de la bande dessinée franco-belge : André Franquin (en 1974), René Pellos (en 1976), Jijé (en 1977), Jean-Marc Reiser (en 1978), Marijac (en 1979), Fred (en 1980), Moebius (en 1981), Paul Gillon (en 1982), Claire Bretécher (en 1982), Jean-Claude Forest (en 1983) Jean-Claude Mézières (en 1984) et bien d’autres. Mais le prix est également ouvert au reste du monde puisqu’il est attribué à des auteurs aussi légendaires que Will Eisner (en 1975), Hugo Pratt (en 1988), Robert Crumb (en 1999), José Munoz (en 2007), Art Spiegelman (en 2011), Akira Toriyama (en 2013), Bill Watterson (en 2014), Katsuhiro Ōtomo (en 2015), Richard Corben (en 2018), Rumiko Takahashi (en 2019), Chris Ware (en 2021) et Julie Doucet (en 2022). Pour les rares incultes qui l’ignorent, Julie Doucet est … Mais, c’est qui ?
En lice pour le Grand Prix de la Ville d’Angoulême 2022 face à Pénélope Bagieu (Les strates chez Gallimard en 2021) et Catherine Meurisse (La jeune femme et la mer chez Dargaud en 2021), Julie Doucet est « née en 1965 à Montréal », (c’) « est l'une des autrices de bande dessinée les plus importantes de la fin du siècle dernier. Après avoir étudié les arts plastiques au Cégep du Vieux Montréal au début des années 1980, elle s'inscrit à l'Université du Québec à Montréal, où elle complète un certificat en arts d'impression. Au cours de ses études, elle découvre la bande dessinée et commence à publier un fanzine photocopié : Dirty Plotte, dans lequel elle documente en français et en anglais sa vie quotidienne, ses rêves, ses angoisses. Le titre est repris en 1991 par l'éditeur (canadien) Drawn & Quarterly à Montréal qui les publie. Après avoir vécu à New-York, Seattle et Berlin, Julie Doucet est retournée à Montréal où elle vit et travaille, opérant désormais dans un champ plus proche des arts graphiques (collage, poésie, roman-photo). Ses travaux, qu'elle édite en tirage limité en sérigraphie, sont parfois publiés par Drawn & Quarterly. L'essayiste Anne-Elizabeth Moore a publié en 2018 une étude sur l'œuvre de Julie Doucet (Sweet Little Cunt: The Graphic Work of Julie Doucet), qu'elle perçoit comme précurseure d'un nouveau féminisme en bande dessinée. » (Dixit le site officiel du FIBD).

Le palmarès 2022 : https://www.bdangouleme.com/palmares-2022

[Mise à jour] Un article de La Charente Libre du 23 mars 2022 intitulé « Une vague de Covid s’abat sur les auteurs de BD passés par le Festival » alerte sur le fait qu’un certain nombre d’artistes et d’intervenants du FIBD ont ramené, en plus de bons souvenirs, un petit coronavirus dans leurs bagages. On apprend ainsi que Denis Bajram, Valérie Mangin, Guilhem Bec, Jean-David Morvan et d'autres encore ont ainsi été testés positifs après leur venue à Angoulême.
 

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