Parmi les premières BD publiées par Elvifrance, on trouvait donc Isabella, une série érotico-historique s’inspirant de la saga littéraire Angélique, marquise des anges signée Anne et Serge Golon (treize romans de 1957 à 1985), popularisée par l’adaptation cinématographique de Bernard Borderie, en 1964, donnant à la belle Angélique les traits et le corps de la comédienne Michèle Mercier (1).
| Isabella n° 89 (Elvifrance, 1977) |
En 1966, le scénariste Giorgio Cavedon (1930-2001) et le dessinateur Sandro Angiolini (1920-1985) proposaient, sur une idée de Renzo Barbieri (1930-2007), leur version d’Angélique avec le personnage d’Isabella de Frissac. Surnommée la duchesse du diable, elle avait cependant quelques points communs évidents avec la marquise des anges. Dépossédée de ses titres et de ses biens après le meurtre de son père et de sa mère perpétré par le baron Von Nütter, elle devait faire face à tous les périls de ce XVIIème siècle flamboyant. Elle apprit donc à se battre à l’épée pour venger ses parents. Elle devint rapidement agent secret au service du Cardinal de Richelieu, à la manière de la Milady de Winter d’Alexandre Dumas. Comme la plupart des fumetti produits par ErreGi, ses histoires mêlèrent aventure et érotisme soft. La nudité, plus suggérée que visible au début, se fit régulière et les amours plutôt traditionnelles de la duchesse, laissèrent place au saphisme, voire au sadomasochisme. Le casting de cette BD supposément historique accueillait, outre Isabella, des personnages récurrents comme Gilbert, son amant, et le baron Von Nütter, le grand méchant, mais aussi Louis XIII, Richelieu ou Philippe II d'Espagne.
| Isabella n° 8 (Elvifrance, 1970) |
Sur les quelque 213 numéros des deux séries italiennes d’Isabella, 103 furent traduits et publiés par Elvifrance entre décembre 1972 et juin 1981. La légende raconte qu’Isabella fut la première héroïne de bande dessinée à apparaître entièrement nue dans ses aventures de cape et d’épée, et que le dessinateur Sandro Angiolini s’inspira de Brigitte Bardot pour la créer graphiquement. Profitant de son ancrage pseudo-historique, certains épisodes mettaient en scène diverses tortures héritées du Moyen-Âge auxquelles Isabella était parfois soumise, comme dans «Les flammes de l’Inquisition» (Isabella n° 8 de juillet 1970), «La vierge de fer» (Isabella n° 9 d’août 1970) et «Duel mortel» (Isabella n° 10 de septembre 1970), où la belle subit le supplice de l’eau, échappe de peu à une pince portée au rouge et évite la mort piquante promise par une Vierge de Nuremberg. Sans atteindre les tirages italiens qui flirtaient avec les 100 000 exemplaires par numéro, Isabella fit partie des best-sellers d’Elvifrance.
| Isabella n° 10 (Elvifrance, 1970) |
Note :
1 - Angélique marquise des anges (1964), film de Bernard Borderie, avec Michèle Mercier (Angélique) et Robert Hossein (Joffrey de Peyrac), suivi par Merveilleuse Angélique (1965), Angélique et le Roy (1966), Indomptable Angélique (1967) et Angélique et le Sultan (1968).
| Isabella n° 82 (Elvifrance, 1976) |
Sources bibliographiques :
Le site elvifrance.fr propose une foule d’informations sur cet éditeur hors du commun.
Panorama de la bande dessinée de Jacques Sadoul (J’ai lu, 1976) – article sur Isabella.
Dictionnaire mondial de la bande dessinée de Patrick Gaumer (Larousse, 1994) – article sur Isabella.
L’Encyclo des PFA d’Alain Beyrand (Pressibus, 1996).
Encyclopédie de la BD érotique de Henri Filippini (La Musardine, 1999) – article sur Sandro Angiolini.
| Isabella n° 98 (Elvifrance, 1978) |
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