Avec le boum éditorial des années 1970, malgré d’incessants problèmes de censure et d’interdiction à l’affichage, les éditions Elvifrance doivent se renouveler face à la concurrence d’autres supports, à commencer par les magazines de bande dessinée nés de l’explosion de la rédaction de Pilote : L’Écho des Savanes de Mandryka, Bretécher et Gotlib en 1972, le Fluide Glacial de Gotlib en 1975, et le Métal Hurlant de Dionnet, Moebius et Druillet en 1975.
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| Terrificolor n° 50 (Elvifrance, 1978) |
Après deux numéros d’essai proposés sous le label Hors Série Couleur, en 1973, les éditions Elvifrance lancèrent, en novembre 1974, leur premier titre mensuel tout en couleur : Terrificolor ! Dans la droite ligne des Terror et Outretombe, EF jouait ici pleinement la carte de l’horreur en traduisant la série italienne Oltratomba Colore qui était publiée, en Italie, par Ediperiodici. De l’autre côté des Alpes, 80 numéros parurent entre novembre 1972 et août 1979, seuls 62 passèrent la frontière pour atteindre les kiosques français entre novembre 1974 et janvier 1980. Ou, plus précisément, 61 parvinrent sur les étalages des marchands de journaux, puisque le Terrificolor n° 50 de décembre 1978 fut interdit par la Justice pour atteinte aux bonnes mœurs. Condamné au pilon, cette histoire d’« Embaumeur » glissant lentement vers le gore et la nécrophilie, fit cependant le bonheur des abonnés.
Les multiples auteurs de Terrificolor ne furent jamais crédités pour leur travail, mais d’infatigables fans de BD, tels que Numa Sadoul, Alain Beyrand ou Bernard Joubert, cherchèrent à identifier ces honnêtes faiseurs de frissons. Parmi ceux-ci, on peut citer le dessinateur espagnol Jésus Duran qui signa pas moins d'une vingtaine des soixante-deux Terrificolor (dont le n° 32, « Cœur mécanique », de juin 1977). La mise en couleur était également une véritable prouesse technique puisqu’elle était réalisée par une petite équipe assistée par l’un des premiers logiciels de colorisation. Selon la scène ou les sentiments exprimés dans la planche, l’ordinateur proposait une couleur dominante à commencer par le rouge pour l’horreur et le vert pour la peur. « La sorcière aux deux visages » (Terrificolor n° 26 de décembre 1976) utilise à plein la couleur et, par opposition, son absence pour marquer le passage de la réalité (en noir et blanc) au cauchemar (aux teintes souvent écarlates). Mais, les multiples interdictions et condamnations conduisirent à la fin prématurée de ce titre tout à la fois remarqué par sa qualité et par ses excès.
Sources bibliographiques :
Le site elvifrance.fr propose une foule d’informations sur cet éditeur hors du commun.
« Dossier : La BD d’horreur vous connaissez ? » d’Alain Beyrand dans Sapristi n° 10 (Association Normande de Bandes Dessinées, 1986).
L’Encyclo des PFA d’Alain Beyrand (Pressibus, 1996).
Encyclopédie de la BD érotique de Henri Filippini (La Musardine, 1999) – article sur Jésus Duran.
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| Terrificolor n° 35 (Elvifrance, 1977) |





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