Pour le lecteur à la recherche d’une série à suivre, les éditions Elvifrance peuvent donner mal à la tête. Entre les personnages qui naviguent entre plusieurs publications, comme Maghella qui passe de sa série éponyme à Satires sans prévenir, ou bien les collections colorées qui n’ont pas de héros récurrents, il pouvait sembler difficile de rester fidèle à EF. Cette tendance confusionnante se confirmait avec Électrochoc.
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| Electrochoc n° 2 (Elvifrance, 1983) |
En 1983, paraissait le premier numéro d’Électrochoc. Sous ce titre aussi passe-partout que Ténèbres ou Cauchemars se dissimulaient les aventures de Tania (Sukia en V.O.) (1), vampires diurnes comme Zara, une autre suceuse de sang. Imaginée par Renzo Barbieri (1940-2007), elle rejoignait les Jacula la reine des vampires, Lucifera et Zara la vampire, déjà publiées par Erregi en Italie et par Elvifrance en France. Vampire moderne, Tania parcourait le monde, accompagnée par son fidèle secrétaire particulier, humain et homosexuel, Gary. Sans vraiment chercher l’aventure, elle rencontrait régulièrement des monstres, des zombies, des loups-garous, des sorcières, des extraterrestres, des vampires et même « Ce cher Dracula » (Électrochoc n° 31 de juillet 1985). Ne craignant pas la lumière du jour, Tania était cependant sensible à la croix, l'ail, l'eau bénite ou à une blessure par arme à feu qui pouvait être mortelle si les balles étaient en argent, de même qu’un pieu en bois enfoncé dans son cœur aurait pu la réduire en poussière. Ce fut le dessinateur italien Nicola del Principe (1927-2002) qui, le premier, donna visage et surtout un corps splendide à Tania/Sukia (2). On doit hélas constater que la qualité graphique ne se maintint pas jusqu’à l’ultime chapitre de cette saga aux scénarios très irréguliers, alternant des histoires allant du meilleur au pire.
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| Electrochoc n° 31 (Elvifrance, 1985) |
Les fumetti Sukia furent publiés par Edifumetto de juin 1978 à mars 1986, soit un total de 153 épisodes, dont une bonne partie fut traduite dans les 56 premiers numéros d’Électrochoc, de janvier 1983 à mai 1987. Les derniers opus du titre accueillirent divers récits complets. Même si Tania jouait les premiers rôles de sa série, de par ses capacités surnaturelles, le fidèle Gary était toujours là pour la seconder. Au gré des scénaristes et des dessinateurs, le caractère et l’apparence de ce dernier changeaient radicalement, passant de passablement efféminés à incroyablement virils d’une histoire à l’autre. Cependant, il ne cachait jamais ses orientations sexuelles, espérant régulièrement dénicher « un beau mâle ». Il fit souvent preuve de courage, comme dans cet épisode intitulé « Satan et fils » (Électrochoc n° 13 de janvier 1984), où le jeune homme n’hésita pas à forcer les portes de la morgue pour en extraire une Tania grièvement blessée par une balle. On peut d’ailleurs remarquer que Gary était plutôt présenté comme un personnage positif à une époque où l’homosexualité était au mieux considérée comme une turpitude et au pire comme une déviance (3). Même si le propos manquait parfois singulièrement de finesse, les aventures de Tania/Sukia et Gary se démarquaient au cœur d’une production singulièrement misogyne.
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| Electrochoc n° 13 (Elvifrance, 1984) |
Notes :
1 - Les premières aventures de Tania, « La fille de Dracula », « Victoire sur la nuit » et « Soirée au Sauna bleu », ont été publiées dans les Spéciaux EF n° 1 (Octobre 1980), Hors Série Rouge n° 34 (Novembre 1982) et Hors Série Rouge n° 35 (Décembre 1982).
2 - À noter que, l’artiste en charge des couvertures de la série, Emanuele Taglietti, donnait à Tania/Sukia le visage de la comédienne Ornella Muti. Outre Nicola Del Principe, les dessinateurs Eugenio Benni, Nestore Del Boccio et Flavio Bozzoli collaborèrent à la série.
3 - Éloges qu’il faut cependant très rapidement pondérer, car, dans l’épisode « Les grands moyens » (Électrochoc n° 40 d'avril 1986), Tania, excédée de voir ses amants finir dans le lit de Gary, menaçait tout bonnement de virer son fidèle secrétaire et lui imposait de suivre une cure pour faire de lui un homme véritable, dans une clinique spécialisée. Fort heureusement, la transformation en Don Juan hétérosexuel ne dura que jusqu’à « La rechute de Gary » (Électrochoc n° 41 de mai 1986), où Gary retrouvait sa nature initiale.
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| Electrochoc n° 50 (Elvifrance, 1987) |
Sources bibliographiques :
Le site elvifrance.fr propose une foule d’informations sur cet éditeur hors du commun.
L’Encyclo des PFA d’Alain Beyrand (Pressibus, 1996).
Encyclopédie de la BD érotique de Henri Filippini (La Musardine, 1999) – article sur Renzo Barbieri.
La page morduedevampires.pagespro-orange.fr/Fiches/F1324.htm consacrée à Électrochoc (Sukia).
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| Electrochoc n° 52 (Elvifrance, 1987) |






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