Malgré tous ses efforts, le clan Bielec, cible favorite de la censure et victime de l’évolution des habitudes de consommation, voyait les chiffres de vente des productions Elvifrance s’effondrer, précipitant la maison d’édition et ses filiales vers leur fin.
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| "La vengeance des spectres" (Elvifrance, 1975, 1979 et 1989) |
Alors que, dès ces années 1980, la cassette vidéo, support notamment de films classés X, se développait et se démocratisait, et que la toute nouvelle chaîne de télévision payante, Canal+ s’introduisait sur ce marché de niche avec son Journal du Hard et la diffusion cryptée de films porno, dans les années 1990, les ventes de BD de poche pour adultes d’Elvifrance s’écroulaient. Comme le rapporte Bernard Joubert dans son histoire d’Elvifrance, « Alors que les tirages de la fin des années 70 oscillaient entre 60 et 80 000 exemplaires, ils tombent à 30-40 000 ». Face aux retours d’invendus, les différentes solutions adoptées se révélèrent inefficaces. La mise au pilon de la majorité de ces rebuts entraîna d’inévitables pertes financières, mais les tentatives d’en recycler certains, sans prévenir les lecteurs, sous des couvertures inédites ou au sein de nouvelles collections furent tout aussi dévastatrices. À cet égard, la collection Épouvante fut un exemple parfait de cette stratégie du pire. Son tout premier opus s’intitulait « La vengeance des spectres », écrit par Pierre et mis en images par Angel Salmeron, et s’avérait être la réédition du neuvième numéro de la Série Rouge paru en janvier 1975, préalablement repris dans Les Grands Classiques de l’épouvante n° 4 de juin 1979. Autant dire que le lecteur régulier des productions Elvifrance n’y trouvait pas son compte et pouvait regretter d’avoir déboursé 12,00 francs pour un récit qu’il avait potentiellement déjà lu, sans même bénéficier de l’originalité d’une couverture différente. Au surplus, alors que dans sa version Série Rouge, « La vengeance des spectres » comportait 218 pages, sa contrepartie Épouvante n’en avait plus que 186. Et le reste de la collection était à l’avenant.
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| BD Ciné Vidéo n° 3 (Boris Vallejo - Elvifrance, 1982) / "Vengeance Macumba" dans BD Ciné Vidé n° 1 (Magnus - Elvifrance, 1982) |
À côté des formats poche classiques, Elvifrance essaya de nouvelles choses comme l’éphémère BD Ciné Vidéo (1), en 1982, qui mêlait bandes dessinées et articles sur le cinéma et la vidéo. Cette formule ne convainc pas et l’expérience s’arrêta au bout de trois numéros. Ne parvenant pas à se réinventer sous son label principal, Georges Bielec tenta de surprendre à travers deux filiales : Ideogram et Novel Press. Créées en 1985, les éditions Ideogram furent dirigées par A.S. Savary alias Annette Bielec, l’épouse de Georges. Parmi les faits marquants de cette maison d’édition, il y eut surtout la publication, bien avant la vague manga, d’une série nippone écrite par le créateur de Lone Wolf & Cub et de Crying Freeman, Kazuo Koike (1936-2019) dans le mensuel Mutants (2) et les tentatives pour s’émanciper de la tutelle italienne en faisant appel à des artistes français, notamment dans le mensuel Rebels (3). Fondée en 1987, Novel Press était placé sous la direction de Jean-René Lefèvre, simple prête-nom de la famille Bielec, et publia quelques pockets puisant dans le catalogue d’Ediperiodici avec des titres tels que Maniak, BD Hard (avec les aventures de Ward l’invisible (4)), Raptus ou Secrets de femmes. Rien que de très classiques clones des publications Elvifrance dans le fond comme sur la forme. Ce fut donc presque sans surprise que, le 15 avril 1992, Elvifrance et Novel Press, déposèrent leur bilan. En juillet 1993, Georges Bielec, qui souffrait de problèmes de santé, décéda brutalement à l’hôpital à la suite d’un pontage.
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| Rebels n° 2 (Seisaku Kanoh - Ideogram, 1985) / "Sibuko" dans Rebels n° 8 (Jésus Cela - Ideogram, 1985) |
Notes :
1 – Les trois numéros de BD Ciné Vidéo, publiés au 4e trimestre 1982, présentèrent des BD issues de diverses origines, italiennes avec Magnus (« Vengeance Macumba » - scénario d'Enno Missaglia), brésiliennes avec Watson Portela, et surtout françaises avec Jacques Géron, Jean-François Bournazel, Emmanuel Moynot et Jésus Cela.
2 – Les onze premiers épisodes du manga Jikken Ningyou Dummy Oscar, écrite par Kazuo Koike et dessinée par Seisaku Kanoh, ont été publiés Shogakukan entre 1978 et 1983, et traduits par Ideogram dans Mutants n° 1 (Janvier 1985) à 11 (Décembre 1985).
3 – Les neuf numéros de Rebels, publiés entre mars 1985 et janvier 1986, accueillirent des histoires complètes ou séries à suivre dessinées par Jésus Cela ("Sibuko"), Daniel Castan ("L’enragé" sur un scénario de Georges Bielec), Mako, Watson Portela, Emmanuel Moynot, Perrin, José Jover, Bruno Coq et quelques autres. Les couvertures des numéros 1 à 6 sont dues à Seisaku Kanoh.
4 – Les sept épisodes du fumetti Ward l’invisibile, écrit par Carmelo Gozzo et dessiné par Piercarlo Macchi & Studio If, ont été publiés par Ediperiodici, entre 1988 et 1989, et traduits par Novell Press, dans BD Hard n° 1 (Mars 1990) à 8 (Mai 1991).
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| "Androïde" dans Mutants n° 1 (Seisaku Kanoh - Ideogram, 1985) |
Sources bibliographiques :
Le site elvifrance.fr propose une foule d’informations sur cet éditeur hors du commun.
L’Encyclo des PFA d’Alain Beyrand (Pressibus, 1996).
« Elvifrance 1ère partie : La naissance d’Elvifrance » de Bernard Joubert dans Le Collectionneur de Bandes Dessinées n° 78 (Automne 1995).
« Elvifrance 2e partie : Des pockets sous surveillance » de Bernard Joubert dans Le Collectionneur de Bandes Dessinées n° 80 (Été 1996).
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| "Effet de zoom" dans Rebels n° 8 - (Bruno Coq - Ideogram, 1985) |






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