Depuis 1989, le dessinateur américain Scott Adams a réussi à imposer sa bande dessinée satirique sur le monde du travail, Dilbert, comme une œuvre majeure du comic strip d’humour, au même titre les grands classiques que furent et sont encore Beetle Bailey ou Hi and Lois créés par l’incontournable Mort Walker (1923-2018). Graphiquement d’une grande simplicité, Dilbert raconte le quotidien du personnage-titre, ingénieur en informatique, empêtré dans un univers bureaucratique où le chef a tout pouvoir, mais est totalement incompétent, alors que l’employé le plus zélé et le plus compétent soit-il subit ses décisions idiotes ou incompréhensibles. L’humour de Scott Adams est efficace et sa critique d’un certain monde du travail est frappée au coin du bon sens. Le succès est rapidement au rendez-vous et Dilbert est diffusé dans 65 pays et 25 langues à travers plus de 2 000 périodiques (dont le journal Libération, en France), sans oublier les publications en albums (2).
Ce n’est pas sur la qualité de son comic strip que Scott Adams est attaqué, mais sur des propos qu’il a tenus sur sa chaîne YouTube, Real Coffee with Scott Adams. Il y commentait un sondage selon lequel seuls 53 % des Noirs trouvaient qu’il était OK d’être blanc et il proposait donc en retour que les Blancs s’éloignent des Noirs. S’agissait-il d’une boutade ? Était-ce un relent ségrégationniste ? L’opinion d’un vieux mâle blanc ? Scott Adams n’a apporté aucune explication à ces propos qui ont valu le bannissement de Dilbert de tous les supports de presse habituels. Chris Quinn, le rédacteur en chef du quotidien de Cleveland (Ohio), The Plain Dealer, mène la charge en déclarant « Nous n’accueillons pas ceux qui prônent le racisme » et abandonne immédiatement la publication de Dilbert. Le Washington Post, le New York Times, USA Today suivent le mouvement au même titre que le diffuseur United Features Syndicate. Une fois encore se pose la question de savoir s’il faut séparer l’artiste talentueux et son œuvre de l’homme et de ses opinions contestables. Faut-il bruler Dilbert suite aux errements de son créateur ? Chacun reste libre de sa réponse, surtout dans le grand pays démocratique qu'est l'Amérique, où la liberté d'expression est garantie par le Premier Amendement de la Constitution des États-Unis.
Notes :
1 - Scott Adams a obtenu le Prix Adamson (Suède) du meilleur auteur international pour l'ensemble de son œuvre en 1995 ; le Prix Harvey (USA) du meilleur comic strip pour Dilbert en 1997 ; le Prix Reuben (USA) pour Dilbert en 1998 ; le Prix du comic strip de la National Cartoonists Society (USA) pour Dilbert en 1998 et le Prix Max et Moritz (Allemagne) du meilleur comic strip pour Dilbert en 1998.
2 - Outre ses parutions dans la presse, Dilbert a été publié en albums par les éditions Albin Michel (9 volumes de 1997 à 2002) ; les éditions Vents d’Ouest (6 volumes au format poche en 1998) ; et, Dargaud (2 tomes en 2005 et 2008).





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