Publier des comic books n’a jamais été un long fleuve tranquille, des maisons d’édition se créent, se développent et disparaissent. Atlas Comics, Comico, Awesome Comics, Chaos! Comics, CrossGen et d’autres encore sont tombées au champ d’honneur. Le 19 décembre 2022, on apprenait que l’éditeur californien AfterShock Media (1) se plaçait sous la protection du chapitre 11 du Code des faillites américain.
Née au milieu des années 2010, AfterShock Comics est une maison d’édition un peu particulière, car elle ne joue ni la carte des super-héros costumés et leurs univers interconnectés, ni celle des grosses franchises. Les deux têtes pensantes de cet éditeur atypique sont Mike Marts (2), connu pour son travail d’Editor sur les titres X-Men et Guardians of the Galaxy chez Marvel et sur Batman chez DC Comics, notamment durant le run de Grant Morrison ; et Joe Pruett, le patron de Desperado Publishing et l’Editor de l’anthologie Negative Burn. Ils choisissent de développer des séries creator-owed permettant à Cullen Bunn, Paul Jenkins, Garth Ennis, Marguerite Bennett, Tim Seeley, Mark Waid et quelques autres de s’aventurer loin des comic books de super-héros. Ces scénaristes d’exception sont épaulés par des artistes de qualité parmi lesquels, les dessinateurs Mirko Colak, Andy Clarke, Simon Coleby, Ariela Kristantina, Corin Howell, Wilfredo Torres ; les coloristes Maria Santaolalla, Marcelo Maiolo, John Kalisz, Bryan Valenza, Mark Englert, Kelly Fitzpatrick ; les lettreurs Simon Bowland, Clayton Cowles, Rob Steen, A Larger World Studio, Marshall Dillon et d’autres encore.
Outre son choix de privilégier les séries limitées aux parutions au long cours, AfterShock Comics se fait remarquer, dès 2016, en donnant la vedette à un personnage transgenre nommé Chalice, dans les dix épisodes d’Alters de Paul Jenkins et Leila Leiz. Même si la société réalise quelques bonnes ventes, elle ne peut rivaliser avec les mastodontes que sont Marvel ou DC Comics, éditeurs adossés à deux colossaux groupes média, Disney pour l’un et Warner Bros. Discovery pour l’autre. Pour se maintenir à flot lors de la délicate période du COVID, AfterShock s’adresse à Access Road Capital et obtient un prêt de 11 090 000 $, suivi d’un prêt complémentaire de 2 392 000 $ en 2021. Hélas, l’éditeur californien ne parvient pas à rembourser les échéances prévues et se retrouve en quasi-cessation de paiement à la fin de l’année 2022. En se plaçant sous la protection du chapitre 11 (3), AfterShock peut poursuivre son activité, mais reste à la merci de ses nombreux créanciers, parmi lesquels quelques investisseurs, mais surtout les imprimeurs (Imprimerie L'Empreinte, Imprimerie Solisco Inc Printing, Artist Express, Printology LLC et Transcontinental) et tous les artistes (plus d’une centaine de scénaristes, dessinateurs, lettreurs et coloristes d’Alberto Albuquerque à Carmelo Zagaria) qui ont créé les comic books AfterShock et risquent de ne pas à être payés. Il n’est donc pas certain que l’on ait la chance de lire la suite du Jimmy's Little Bastards de Garth Ennis et Russ Braun, et c’est vraiment dommage.
Notes :
1 - Le groupe AfterShock Media est né, en 2020, de la fusion entre AfterShock Comics et la maison de production Rive Gauche Television jusqu’alors spécialisée dans le documentaire qui souhaitait se développer dans la fiction en adaptant les comic books d’AfterShock.
2 - Peu de temps avant la mise sous protection du chapitre 11, très précisément le 30 septembre 2022, Mike Marts annonce qu’il quitte le poste d’Editor in Chief d’AfterShock Comics. Sur Instagram, il précise que « créer une infrastructure, établir une vision créative et initier une culture d'entreprise étaient toutes des tâches que j'aimais bien… mais maintenant, il est temps de passer les rênes à de nouvelles mains, pour permettre aux goûts et instincts créatifs de quelqu'un d'autre de donner le ton et le rythme de cette grande entreprise ».
3 - Dans l’histoire des comics, d’autres éditeurs se sont placés sous la protection du chapitre 11, ce fut le cas du Marvel Entertainment Group en 1996. Au terme d’une longue bataille juridique, la maison des idées parvint à être sauvée, en 1997, en fusionnant avec Toy Biz d'Isaac Perlmutter et Avi Arad.





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