Apparu dans le 6e et dernier épisode de la série Loki, diffusée en 2021 sur Disney+, le personnage interprété par Jonathan Majors sobrement présenté comme «Celui qui demeure» a rapidement été teasé comme étant le nouveau Thanos de la Phase 5 du Marvel Cinematic Universe. C’est sous l’identité de Kang le Conquérant qu’il affronte l’Ant-Man Family piégée dans le Royaume Quantique. Véritable tyran et maître du temps surpuissant (lorsqu’il n’est pas prisonnier de ce fameux Royaume Quantique), il fait preuve d’une méchanceté extrême, n’hésitant pas à menacer de torturer Cassie Lang sous les yeux de son père, se vantant d’avoir vaincu plusieurs équipes d’Avengers et utilisant ses rayons de la mort contre des rebelles sous-armés. Ce super-vilain va donc, comme Thanos avant lui, conquérir et détruire notre monde sauf si Ant-Man (Paul Rudd), la Guêpe (Evangeline Lilly), Cassie (Kathryn Newton), Hank Pym (Michael Douglas) et Janet van Dyne (Michelle Pfeiffer) parviennent à le battre.
L’amateur de comic books sera certainement surpris, voire déçu, de découvrir que l’arrivée de Kang dans le Marvel Cinematic Universe se fait par la petite porte du Royaume Quantique alors qu’il est l’un des principaux antagonistes des Quatre Fantastiques, au même titre que le Docteur Fatalis (Doctor Doom) ou Galactus. Créé par Stan Lee (1922-2018) et Jack Kirby (1917-1994), ce conquérant temporel a connu bien des retcon (1). Il apparaît ainsi tout d’abord sous l’identité de Rama-Tut qui, venu du futur, a conquis l’Égypte des Pharaons et affronte les Quatre Fantastiques de passage à son époque grâce à une machine à voyager dans le temps du Docteur Fatalis (Fantastic Four vol. 1 n° 19 – October 1963). Vaincu par les super-héros new-yorkais, il affronte ensuite les Vengeurs sous le masque de Kang le Conquérant, mais il est battu en un épisode par l’équipe de choc composée de Captain America, Iron Man, Thor, Ant-Man et The Wasp (The Avengers vol. 1 n° 8 – September 1964). Des échecs successifs face aux plus grands justiciers de Marvel qui forgent le caractère de ce super-vilain aux identités multiples puisqu’il est aussi connu sous les noms de Kang The Supreme, Kang Prime, Scarlet Centurion, Immortus, Iron Lad et Nathaniel Richards.
Ce sont d’ailleurs toutes ces incarnations qui apparaissent dans les scènes post-générique (2) d’Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, une concentration de Kang qui fait étrangement penser à la Citadelle des Ricks de l’excellentissime série d’animation Rick et Morty. Et c’est bien là où le bât blesse, car Ant-Man et la Guêpe : Quantumania n’est pas un dessin animé et certaines scènes supposément d’action prennent d’étranges accents à la limite du grotesque malgré les efforts pour construire un Royaume Quantique de fantaisie crédible grâce à des effets spéciaux qui, sans être formidables, restent plus que passables. L’un des problèmes de ce pénultième film de super-héros est le méchant présenté comme surpuissant qui parvient presque à exterminer la totalité de l’armée rebelle, mais ne réussit pas à mettre à mal son ultime adversaire, Scott Lang ! Un autre bug de ce long-métrage est la réinvention de MODOK qui fait bien plus que frôler le ridicule. Incarné par Corey Stoll, qui jouait Yellowjacket dans Ant-Man (de Peyton Reed, 2015), le personnage, après avoir été l’un des sbires de Kang, fait le choix de se sacrifier dans l’espoir d’une rédemption finale. Ce faisant, les productions Marvel se privent d’un vilain qui, dans les comic books, est un sérieux adversaire de Captain America, d’Iron Man ou de Hulk. On pourrait trouver d’autres défauts à cet Ant-Man et la Guêpe : Quantumania qui n’est finalement qu’un produit de consommation rapide, divertissant sur l’instant et très rapidement oubliable, même si «Kang reviendra» (3).
Notes :
1 - La Retcon ou Retroactive Continuity consiste à revenir sur des faits déjà écrits et de les altérer dans le cadre d’une nouvelle narration tout en restant fidèle au canon d’une œuvre. L’un des exemples littéraires les plus connus est la vraie fausse mort de Sherlock Holmes dans les chutes du Reichenbach (« Le Dernier Problème » en 1891). La saga de Kang est encore plus complexe puisqu’au-delà de ses multiples identités et de sa généalogie compliquée s’ajoutent ses diverses incarnations dans le Multiverse Marvel.
2 - La seconde scène post-générique d’Ant-Man et la Guêpe : Quantumania permet de retrouver Loki (Tom Hiddleston) et Mobius M. Mobius (Owen Wilson), se préparant pour la seconde saison à venir de la série Loki, croisant la route de Victor Timely (Jonathan Majors), l’un des variants les plus secrets de Kang apparue dans The Avengers Annual n° 21 (July 1992) de Peter Sanderson et Rich Yanizeski.
3 - L’ultime panneau d’Ant-Man et la Guêpe : Quantumania indique en effet que «Kang reviendra», cependant, après les récents démêlés de Jonathan Majors, il n’est pas certain qu’il conserve les traits du comédien, ce qui du point de vue artistique serait dommage car Majors est, malgré certaines lacunes scénaristiques autour de son personnage, l’un des atouts de ce long-métrage.






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