AVATAR STORY 4ème partie sur 9 : Neonomicon

Alan Moore's Yuggoth Cultures n° 1 (Juan José Ryp - Avatar, 2003)

En 1996, William A. Christensen, jusqu’alors collaborateur freelance du magazine critique Wizard, décide d’arrêter de parler de comics pour en faire. Ne pouvant rivaliser avec les Big Two, la petite maison d’édition basée dans l’Illinois va jouer la carte du marché de niche en publiant des histoires de Bad Girls et en offrant à des créateurs renommés l’opportunité d’écrire et de dessiner des comic books sans la moindre contrainte ou la moindre censure.
 
Alan Moore's The Courtyard n° 2 (Jacen Burrows - Avatar, 2003)
 
Fasciné par l’univers glauque et gothique de Howard Phillips Lovecraft, Alan Moore (Watchmen, DC Comics en 1986-1987) accepte tout naturellement d’écrire une nouvelle intitulée « The Courtyard » pour l’anthologie The Starry Wisdom publiée par l’éditeur britannique Creation Books en 1994. Totalement inspiré, le druide de Northampton va même au-delà de son contrat puisqu’il rédige plusieurs textes, nouvelles et poèmes qui restent dans ses tiroirs jusqu’à ce qu’Avatar Press lui propose de les adapter en bandes dessinées. Cela donne Alan Moore's Yuggoth Cultures and Other Growths, une mini-série en trois épisodes, qui paraît en 2003. Le scénariste Antony Johnson (Nightjar, Avatar Press en 2004-2005) se charge de la nécessaire adaptation au format comics avec l’aide de quelques dessinateurs maison, Mike Wolfer (Widow X, Avatar Press en 1999), Juan José Ryp (Black Summer, Avatar Press en 2007-2008) et Jacen Burrows (Dark Blue, Avatar Press en 2000). Initialement prévue pour s’intégrer à cette mini-série, « The Courtyard » est adaptée indépendamment en deux épisodes écrits par Johnston et mis en images par Burrows sous le titre Alan Moore's The Courtyard.
 
Alan Moore's Neonomicon n° 1 (Jacen Burrows - Avatar, 2010)
 
Écrit par Alan Moore en personne et dessiné par Burrows, le diptyque Alan Moore's Neonomicon est la continuation directe de « The Courtyard ». On retrouve donc le personnage d’Aldo Sax qui était au cœur de la nouvelle. Enfermé dans un centre d’internement spécialisé, l’ancien agent du FBI et tueur en série est visité par deux de ses collègues, car ils enquêtent sur un copycat. Même s’ils n’obtiennent rien de leur ex-confrère, les agents Gordon Lamper et Merrill Brears reprennent leurs investigations en s’appuyant sur les notes et dossiers laissés par Sax. Cela les entraîne sur la piste de Johnny Carcosa, un trafiquant de drogue du quartier de Red Hook. Ce dernier leur échappe, mais ils retrouvent sa trace au sein d’une mystérieuse société secrète, l’Esoteric Order of Dagon, que les deux agents tentent naïvement d’infiltrer. Rapidement repérés par les membres du culte, Lamper est tué et Brears abandonné entre les griffes d’un homme-poisson. Avec cette histoire, Moore va bien au-delà des écrits de Lovecraft d’où toute sexualité est absente, même s’ils font parfois référence à des rituels permettant aux Grands Anciens de reprendre le pouvoir sur notre monde.
 
Alan Moore's Neonomicon n° 3 (Jacen Burrows - Avatar, 2010)
 
Le Neonomicon n’est finalement qu’un galop d’essai qui offre à Alan Moore l’opportunité d’aller encore plus loin dans sa réinterprétation des mythes et légendes créés par Howard Phillips Lovecraft. Toujours associé au dessinateur Jacen Burrows, le scénariste anglais revient avec les douze épisodes de Providence, publiés par Avatar Press entre 2015 et 2017, une plongée dans l’Amérique intolérante de 1919. On suit donc les aventures de Robert Black, juif et homosexuel travaillant pour le Herald, que son rédacteur en chef envoie interviewer le Docteur Alvarez. Ce dernier est l’auteur d’un essai sur un mystérieux livre maudit qui rend fous ceux qui le lisent. Sans le savoir, le journaliste vient de pénétrer dans un monde inconnu qui se cache à la frontière de notre réalité. Moore construit son histoire en intégrant à son œuvre de nombreuses références et autres clins d’œil à la mythologie lovecraftienne. Chaque chapitre de Providence se compose d’une partie purement comic book illustrée par Burrows et d’un supplément documentaire avec les feuillets manuscrits de Robert Black qui complètent la narration graphique et ouvrir de nouvelles portes vers les univers de HPL. L’ultime numéro de Providence vient fort habilement conclure la trame scénaristique de Neonomicon puisque l’on retrouve Brears enceinte jusqu’aux yeux qui donne naissance à l'indicible.

Providence n° 1 (Jacen Burrows - Avatar - 2015)

Les versions françaises :

Alan Moore's The Courtyard et Alan Moore's Neonomicon
La collection Urban Indies des éditions Urban Comics a proposé une traduction française, signée Alex Nikolavitch, des séries Alan Moore's The Courtyard et Neonomicon, en un seul tome (Octobre 2013), sous le titre Neonomicon.

Providence
La collection Best of Fusion de Panini Comics a proposé une traduction française, signée Thomas Davier, de la série Providence, en trois tomes en 2016 et 2017.

Providence n° 12 (Jacen Burrows - Avatar - 2017)

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