Cinq personnages de Rise of Cthulhu


Éditeur : Zenescope Entertainment – zenescope.com

Après les contes, les légendes et certaines œuvres libres de droits, Zenescope s’empare du panthéon monstrueux de Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), développé par ce dernier mais surtout par d’autres auteurs, à commencer par August Derleth (1909-1971), pour le lancer à l’assaut du Grimm Universe. Voici cinq personnages-clé de cet arc scénaristique s’étalant de 2022 à 2023.


Aussi surprenant que cela paraisse, le maître d’œuvre de cette invasion du Grimm Universe n’est pas Cthulhu. Ce dernier sommeille au fond du Pacifique Sud, dans la cité sous-marine de R'lyeh, en attendant l'heure de son retour. Celui qui dirige les diverses créatures qui attaquent les mondes du Grimm Universe n’est autre que Dagon. Cette créature apparaît dans la nouvelle homonyme de H.P. Lovecraft, publiée dans le magazine The Vagrant en 1919, où elle est décrite comme étant « d’un aspect répugnant, d’une taille aussi imposante que celle de Polyphème, (un) gigantesque monstre de cauchemar (avec de) grands bras couverts d’écailles (et une) tête hideuse » (1). Dagon est plus longuement cité dans le court roman Le cauchemar d’Innsmouth (1936), où il est présenté comme une divinité aquatique dont le culte a remplacé la religion chrétienne au sein de la population dégénérée d’Innsmouth. Dans Grimm Fairy Tales vol. 2 n° 71 (April 2023), Babisu Kourtis en donne une version suffisamment impressionnante pour que le Dark One, leader de la Dark Horde et ennemi juré de Sela Mathers et des Realm Knights, s’agenouille et lui prête allégeance.
La nouvelle « Dagon » a également été adaptée par Richard Corben (1940-2020) dans Haunt of Horror – Lovecraft n° 1 (August 2008) sous le label MAX de Marvel Comics ; par le Brésilien Sergio Cariello, avec le scénariste Steven P. Jones, dans The Worlds of Howard Phillips Lovecraft n° 7 (2014) pour Caliber Press ; puis par l’Argentin Horacio Lalia dans Les Cauchemars de Lovecraft – L’Appel de Cthulhu et autres récits de terreur (dépôt légal : Octobre 2014) aux éditions Glénat ; enfin par le mangaka Gou Tanabe, dans Celui qui hantait les ténèbres, publié en France par les éditions Ki-oon, en 2021, dans la collection Les Chefs-d’œuvres de Lovecraft.


Lorsqu’on le croise dans les pages des publications Zenescope, Dagon est toujours entouré par Ceux des profondeurs (The Deep Ones), des créatures aquatiques qui « se déplacent comme des grenouilles, un compromis entre le pas et le saut. Plutôt bossus, comme la plupart des batraciens. » (2) qui se reproduisent avec les habitants en échange de bijoux et de poissons, apparues dans Le cauchemar d’Innsmouth. Force d’attaque de cette invasion, ils affrontent Skye Mathers et Samantha Darren, à Innsmouth, dès Grimm Fairy Tales vol. 2 n° 64 (September 2022) et c’est Babisu Kourtis qui se charge de leur donner leur forme de bipède aquatique avec une terrifiante mâchoire et des yeux globuleux à souhait. Les Deep Ones attaquent ensuite Robyn Hood à New York, l’Agent Phoenix et Avril Williams à Harwick dans le Massachusetts, avant l’affrontement final.
Le cauchemar d’Innsmouth a été également été adapté par l’Argentin Alberto Breccia (1919-1993) dans l’album Cthulhu aux Humanoïdes Associés en 1979, réédité par Rackham en 2004 ; puis par le mangaka Gou Tanabe, en deux volumes, publiés en France par les éditions Ki-oon, en 2021 et 2022, dans la collection Les Chefs-d’œuvres de Lovecraft.


Messager des Autres Dieux, Nyarlathotep est décrit par H.P. Lovecraft, dans son poème homonyme publié en 1920 dans le fanzine The United Amateur, comme un homme au teint bistre sorti des ombres antiques des pyramides égyptiennes. Il est l’une des rares divinités du panthéon lovecraftien « qui, dans l’antique et ténébreuse Khem, est allé jusqu’à prendre figure humaine » (3). Et c’est bien évidemment sous des formes féminines qu’elle apparaît, brièvement, dans Robyn Hood – Baba Yaga (September 2022), croquée par Renato Rei. Il faut attendre le Grimm Tales of Terror Quarterly - Rise of Cthulhu (October 2022) pour en apprendre plus sur ses origines. Elle est le fil rouge de l'évènement Rise of Cthulhu, observant les progrès de l’invasion et n’intervenant que rarement dans les combats jusqu’à la bataille finale, tout comme sa contrepartie lovecraftienne citée dans bon nombre de textes du romancier de Providence et de ses continuateurs.
Une version masculine de Nyarlathotep apparaît dans « The Shadow of the Steeple! », l’histoire principale du comic book Journey into Mystery vol. 2 n° 5 (June 1973), adaptée de la nouvelle homonyme de Robert Bloch (1917-1994) par Ron Goulart (scénario) et Rich Buckler (dessins) pour Marvel Comics.


Autre personnage féminisé, Tamora Whateley, alliée de Skye Mathers et des héros du Grimm Universe. On peut la voir comme la gardienne du Cthulhu Universe, celle qui empêchait la rencontre des deux mondes. Elle est présentée dans Grimm Fairy Tales vol. 2 n° 65 (October 2022) comme l’héritière de la famille Whateley de la nouvelle de Lovecraft, « L'Abomination de Dunwich » (1929). Dans ce récit qui constitue l’une des pierres angulaires du Mythe de Cthulhu, Lavinia Whateley, « une femme albinos de trente-cinq ans, laide et quelque peu contrefaite, qui vivait avec un vieux père à moitié fou » (4), donne naissance, en 1913, à Wilbur, un enfant à l’apparence monstrueuse qui grandit à vue d’œil et qui mesure pas moins de deux mètres lorsqu’il atteint l’âge de quinze ans. Il semble vouloir empêcher un monstre gigantesque de déferler sur Terre. On finit par apprendre que la créature est en réalité le jumeau de Wilbur qui a beaucoup plus de traits communs avec leur père, Yog-Sothoth. L’intervention de scientifiques de l’Université Miskatonic permet de faire disparaître cette terrifiante menace. C’est Babisu Kourtis qui se charge de donner corps à Tamora Whateley.
« L'Abomination de Dunwich » a également été adaptée par l’Argentin Alberto Breccia (1919-1993) dans l’album Cthulhu aux Humanoïdes Associés en 1979, réédité par Rackham en 2004 ; par Joe R. Lansdale (scénario) et Peter Bergting (dessins) dans les quatre numéros de la mini-série publiée par IDW, sous des couvertures de Menton3, logiquement intitulée The Dunwich Horror (2011-2012) ; et par l’Argentin Horacio Lalia dans Les Cauchemars de Lovecraft – L’Appel de Cthulhu et autres récits de terreur (dépôt légal : Octobre 2014) aux éditions Glénat.


Les personnages féminins sont plutôt rares dans l’œuvre de H.P. Lovecraft, mais il est normal que l’antagoniste principal de la nouvelle « La Maison de la sorcière », publiée dans Weird Tales en 1933, soit une femme. Elle s’appelle Keziah Mason et c’est une des sorcières de Salem, l’une des rares à avoir échappé au bûcher en 1692. Des siècles plus tard, elle hante encore la maison qui fut son foyer au 17ème siècle. Elle est toujours accompagnée par son familier, Brown Jenkin, « au corps de rat, mais dont la tête barbue aux dents pointues exprimait une malveillance humaine tandis que ses pattes ressemblaient à de minuscules mains d’homme » (5). Bien évidemment, c’est une version bien moins effrayante que livre Julius Abrera, dans Phoenix Files n° 1 (February 2023), transformant également la plus que centenaire sorcière en ensorceleuse aux cheveux roses.


Notes :

1 – Extrait de Dagon (1919) de Howard Phillips Lovecraft, traduction de Paule Pérez, dans l’édition Bouquins, chez Robert Laffont, en 1991, des Œuvres complètes de Howard Phillips Lovecraft en trois volumes.

2 – Extrait de « La fenêtre à pignon » (1957) d’August Derleth, traduction de Jean Ferry, dans l’édition Bouquins, chez Robert Laffont, en 1991, des Œuvres complètes de Howard Phillips Lovecraft en trois volumes.

3 – Extrait de « Celui qui chuchotait dans les ténèbres » (1936) de Howard Phillips Lovecraft, traduction de Claude Gilbert, dans l’édition Bouquins, chez Robert Laffont, en 1991, des Œuvres complètes de Howard Phillips Lovecraft en trois volumes.

4 – Extrait de « L'Abomination de Dunwich » (1929) de Howard Phillips Lovecraft, traduction de Simone Lamblin et Jacques Papy, dans l’édition Bouquins, chez Robert Laffont, en 1991, des Œuvres complètes de Howard Phillips Lovecraft en trois volumes.

5 – Extrait de « La Maison de la sorcière » (1933) de Howard Phillips Lovecraft, traduction de Simone Lamblin et Jacques Papy, dans l’édition Bouquins, chez Robert Laffont, en 1991, des Œuvres complètes de Howard Phillips Lovecraft en trois volumes.

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