BD : Astérix a 65 ans


Ou, si l’on veut être plus précis et factuel, Astérix aura 65 ans au mois d’octobre 2024, puisqu’il a fait sa première apparition officielle et publique dans le tout premier numéro de l’hebdomadaire Pilote, des éditions Dargaud, le 29 octobre 1959. Alors, qu’à cet âge vénérable, beaucoup sont à la retraite, le petit Gaulois s’est offert une nouvelle jeunesse.


En 1959, le marché de la presse jeunesse est encore florissant avec des hebdomadaires nés avant la guerre qui perdurent, comme Cœurs Vaillants, Lisette, Hurrah, Le Journal de Mickey, Le Journal de Spirou,… et d’autres nés après guerre, à l’image du Journal de Tintin et, un peu plus tard encore, de Pilote. C’est le publicitaire François Clauteaux (1920-2007) qui a l’idée d’un Paris Match pour la jeunesse. Il trouve le financement nécessaire auprès de Radio Luxembourg et réunit une équipe créative de talent composée, notamment, d'Albert Uderzo (1927-2020), Jean-Michel Charlier (1924-1989), René Goscinny (1926-1977). On trouve donc, au sommaire du premier numéro de Pilote, des articles sur la conquête de l’Himalaya, le footballeur Raymond Kopa, l’épopée du « Jean-Bart » et divers articles qui côtoient de nouveaux héros de bandes dessinées : Michel Tanguy (de Charlier et Uderzo), Le Démon des Caraïbes (de Charlier et Victor Hubinon), Jacques Le Gall (de Charlier et Mitacq) et bien évidemment Astérix le Gaulois (de Goscinny et Uderzo).


Les jeunes lecteurs de Pilote découvrent donc le petit guerrier et son fidèle ami Obélix à travers une seule et unique planche qui résume, en à peine dix cases, la situation de base de la série. En 50 avant J.-C., nos ancêtres les Gaulois ont été vaincus par les Romains après une longue lutte. Des chefs, tels que Vercingétorix, ont déposé leurs armes aux pieds de César. La Pax Romana s’est installée, à peine troublée par quelques attaques de Germains vite repoussées. Toute la Gaule est occupée sauf ce petit village gaulois d’Armorique qui résiste victorieusement à l’envahisseur faisant perdre leur latin aux Romains. Il faudra attendre un peu pour découvrir le secret de ces sympathiques Gaulois. Les premières aventures d’Astérix le Gaulois sont en effet publiées, au rythme d’une ou deux pages par numéro, du n° 1 de Pilote, du 29 octobre 1959, jusqu’au n° 38, du 14 juillet 1960.


Albert Uderzo, qui utilise un trait réaliste pour illustrer les exploits aériens de Michel Tanguy, adapte son dessin au ton humoristique et parodique de René Goscinny. Ces fils d’immigrés italiens et polonais s’amusent à décrire les travers de la société contemporaine à travers nos ancêtres les Gaulois. Les deux auteurs se moquent gentiment des stéréotypes et cela plait aux lecteurs qui plébiscitent la série et le rachat de Pilote par les éditions Dargaud, dès 1960, pérennise l’hebdomadaire. Les aventures d’Astérix le Gaulois sont ainsi prépubliées dans Pilote jusqu’en 1973, juste avant que l’hebdomadaire ne cède la place à un Pilote Mensuel qui vise un public plus âgé. Parallèlement, le petit Gaulois a droit à une édition en albums cartonnés par Dargaud jusqu’en 1979. Dès l’année suivante, Astérix acquiert son indépendance éditoriale grâce à la SARL des éditions Albert René. La société est alors détenue par Albert Uderzo (à hauteur de 40 %), par la fille d’Albert, Sylvie (40 %) et par la fille de René Goscinny, Anne (20 %). En 2008, Hachette Livre rachète l’intégralité des parts détenues par les familles Uderzo et Goscinny, organisant l’avenir industriel et industrieux du petit Gaulois.

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