Le 24 janvier 2024
bdangouleme.com
Après Riad Sattouf en 2023, c’est l’autrice britannique Posy Simmonds qui a été honorée par la ville d’Angoulême. Elle aura donc le privilège de dessiner l’affiche du prochain festival, en 2025, qui lui consacrera également une exposition.
Pour mémoire, le Grand prix de la ville d’Angoulême est l’une des nombreuses récompenses délivrées à l’occasion du plus célèbre des festivals de bandes dessinées, le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Remis, depuis 1974, il est attribué par un collège d’auteurs à l’un de leurs pour l’ensemble de son œuvre. Si les premiers artistes récompensés par le prix étaient français ou a minima francophones (à l’exception notable de Will Eisner), les règles ont évolué et tout auteur publié en français peut être honoré par ce prestigieux prix non doté. Après quelques artistes américains (Robert Crumb, Art Spiegelman, Bill Watterson, Richard Corben et Chris Ware), argentin (José Munoz), japonais (Katsuhiro Ôtomo et Rumiko Takahashi), Posy Simmonds est la première Britannique à recevoir le Grand prix de la ville d’Angoulême. Elle aurait pu être la deuxième si l’intègre Alan Moore n’avait refusé cette récompense en 2013. Simmonds n’est que la cinquième femme à être honorée après Claire Bretécher en 1982, Florence Cestac en 2000, Rumiko Takahashi en 2019 et Julie Doucet en 2022.
La bédégraphie Posy Simmonds comporte, pour l’essentiel, cinq ouvrages publiés par les éditions Denoël (1), qui ne sont pas des albums traditionnels de quarante-quatre planches, mais de véritables romans graphiques (dans la lignée des Graphic Novels de Will Eisner) qui prennent le temps de raconter une histoire. C’est en 2000 que l’on découvre, en France, son style entre-deux, tout à la fois réaliste et un brin caricatural, très certainement hérité de sa période dessinatrice de presse où elle signait, entre 1977 et 1981, dans The Guardian, le daily strip The Silent Three of St Botolph's. En effet, c’est cette année-là que les éditions Denoël publient les 106 pages, traduites par Jean-Luc Fromental et Lili Sztajn, de Gemma Bovery (2), une libre réinterprétation du classique de Gustave Flaubert, Madame Bovary. En 2008, l’éditeur de la rue Saint-André des Arts récidive en faisant paraître la version française de Tamara Drewe (2), une autre adaptation d’un roman de la littérature du XIXe siècle, Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy. Ces deux récits trouvent leur public et tapent dans l’œil de cinéastes talentueux qui les transposent sur grand écran. En 2010, Stephen Frears déniche l’interprète idéale de Tamara Drewe en la personne de la comédienne Gemma Arterton. Puis, en 2014, Anne Fontaine transforme l’actrice en une impressionnante Gemma Bovery, croisant le verbe avec Fabrice Luchini.
En 2014, les éditions Denoël poursuivent l’exploration de l’œuvre de Posy Simmonds en collationnant ses chroniques sur le milieu littéraire, parues dans The Guardian entre 2002 et 2004, traduites en un volume, intitulé Literary life, par Lili Sztajn et Corinne Julve L’année 2019 permet de retrouver la Posy Simmonds au long cours avec Cassandra Darke, une nouvelle variation moderne d’un classique de la littérature, traduite par Lili Sztajn. Il s’agit ici du célèbre Christmas Carol de Charles Dickens où le rôle de Ebenezer Scrooge est attribué à un personnage féminin, fort et indépendant, mais pas réellement sympathique. Dernière publication en date chez Denoël, le roman graphique True Love, traduit par Paul Gravett et Lili Sztajn, est également le tout premier paru en Angleterre, permettant d’apprécier l’évolution graphique de la dessinatrice britannique.
Notes :
1 – Outre ces publications destinées aux adultes, Posy Simmonds a écrit et illustré des livres pour enfants comme Lulu et les bébés volants (Éditions Hatier en 1988), Mariage au chocolat (Éditions Hatier en 1991), Le Buffle en colère (Éditions Albin Michel Jeunesse en 1994) et Le Chat du boulanger (Éditions Casterman - collection Duculot en 2005).
2 – Les romans graphiques Gemma Bovery et Tamara Drewe ont été prépubliés en feuilleton dans les pages de The Guardian, avant d’être proposés en albums par l’éditeur britannique Jonathan Cape et Denoël en France.






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