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| 666 (Franck Tacito - Zenda, 1993-2000) |
En 1987, Frédéric Manzano, libraire BD, Doug Headline, collaborateur régulier de Métal Hurlant, et Jacques Colin, traducteur, fondent les éditions Zenda. Ils débutent leur aventure éditoriale en traduisant des comic books auréolés d’une bonne réputation pourtant inédits en France, issus des fonds de DC Comics et Dark Horse. Forts d’un réel succès, ils franchissent le pas en se lançant dans la publication de bandes dessinées originales. Rachetées en 1994 par Jacques Glénat, les éditions Zenda restent un label à part au sein du catalogue de l’éditeur grenoblois jusqu’au milieu des années 2000 où il s’efface discrètement.
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| 666 tome 2 (Franck Tacito - Zenda, 1997) |
Signées Franck Tacito, toutes les couvertures de 666 (1) présentent le physique fort avantageux, de face comme de dos, de la démoniaquement belle Lilith. Pourtant le véritable héros de la bande dessinée scénarisée par Froideval, le créateur des Chroniques de la Lune Noire (2), n’est autre que le Père Carmody même s’il n’apparaît qu’à la huitième planche de la saga. Exorciste bougon et irrespectueux, le Père Carmody est un personnage intéressant par bien des aspects. D’abord, il s’agit d’un prêtre qui manie plus facilement la mitrailleuse que le goupillon. Ensuite, par son physique, le Père Carmody fait irrésistiblement penser à un héros de comics bien connu. En effet, sa carrure et son allure générales font irrésistiblement songer à Nick Fury, célèbre sergent des Howling Commandos des comics guerriers de Marvel, puis directeur des opérations du SHIELD, cette organisation super-secrète superbement mise en images par Jim Steranko à la fin des années 1960. D’ailleurs, comme pour renforcer ce lien de parenté, Froideval et Tacito ont fait de leur Carmody un fumeur invétéré, une fort mauvaise habitude qui renvoie forcément aux cigares que mâchouille sans cesse le Fury du Silver Age. Au-delà de ces quelques ressemblances, les deux chefs de guerre ont d’autres points communs : le sale caractère d’un vrai meneur d’hommes et une bravoure exceptionnelle qui leur permettent de relever tous les défis et d’affronter sans crainte les assauts de HYDRA pour l’un et les hordes démoniaques pour l’autre. Ce sont des super-héros sans super-pouvoirs, mais, à l’évidence, l’un des deux, grâce à son scénariste, ne se prend pas très au sérieux, maniant humour et dérision aux dépens d’une Amérique toujours triomphante.
Adversaire mortelle du Père Carmody, Lilith est la Bad Girl idéale qui rivalise sans peine avec les Vampirella, Lady Death ou Razor américaines. La Lilith de Froideval et Tacito est une démone qui a la beauté flamboyante d’une femme rousse, s’adonne à des amours saphiques et possède la puissance de son hérédité diabolique. Cependant, avant d’être la mauvaise fille de 666, Lilith est un personnage mythique et un concept fort intéressant pour bon nombre de scénaristes. Incarnation idéale de la féminité et du Mal, Lilith trouve ainsi ses origines dans la mythologie assyro-babylonienne. Elle apparaît tout d’abord, dans l’histoire de l’humanité, comme un démon femelle. Selon certains, elle est, avant Ève, la première femme d’Adam. C’est elle qui aurait perverti le premier des hommes et de leur union serait née une multitude de démons. D’une beauté indescriptible, Lilith est la personnification du désir, symbole d’une sexualité non liée à l’enfantement. D’ailleurs, malgré le fort parfum de soufre qui entoure ce personnage, le monde des comics s’est lui aussi intéressé à Lilith. Chez Marvel, elle devient ainsi une femme fatale aux morsures mortelles, car elle est Lilith, la fille de Dracula. Derrière ce titre ronflant se cache une fille-vampire qui allie appétit de sang à d’incontestables charmes féminins. Ses premières aventures paraissent dans les pages de Vampire Tales, l’un des éphémères magazines en noir et blanc de la Marvel dans les années 1970. Physiquement, cette Lilith façon Marvel est très éloignée de la version Tacito puisqu’elle est brune et porte un collant moulant à la manière des super-héros plus classiques de la firme de Stan Lee.
666 est une série où deux auteurs en totale liberté se moquent de tout (religion, politique…) et enrobent le tout dans une belle tranche de violence graphique pimentée de sexe libre, mais pas forcément consenti. Éminemment datée, 666 est surtout une œuvre de série Z qui n’a aucune chance d’être rééditée en cette période de retour à la morale et au politiquement correct. Les deux personnages ont fait un bref retour, avec les deux tomes de 6666 (3), à l’aube des années 2000, mais c’est une autre histoire.
Notes :
1 - Scénarisés par Froideval, dessinés Franck Tacito et mis en couleurs par Jean-Jacques Chagnaud, les six tomes de 666 ont été publiés dans la collection Fantasy de Zenda entre 1993 et 2000.
2 - Scénarisés par Froideval, dessinés par Olivier Ledroit et mises en couleurs par Olivier Ledroit et Isabelle Merlet, les quatre premiers tomes des Chroniques de la Lune Noire ont été publiés dans les collections Technicolor, puis Fantasy de Zenda entre 1989 et 1992.
3 - Scénarisés par Froideval et dessinées par Franck Tacito, les deux albums de 6666 ont été publiés par Zenda entre 2004 et 2006.
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| 666 tome 6 (Franck Tacito - Zenda, 2000) |
Sources bibliographiques :
Dictionnaire mondial de la bande dessinée de Patrick Gaumer (Larousse, 2010) – articles sur François Froideval et Olivier Ledroit.
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| 666 tome 6 (Franck Tacito - Zenda, 2000) |
En complément de cet article, un gros plan sur 5 personnages de 666 !
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| 666 tome 6 (Franck Tacito - Zenda, 2000) |








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