MANGA : Ladyboy vs. Yakuzas, l’île du désespoir Volume 5 REDUX


Scénario et dessins de Toshifumi Sakurai – Traduction de Yuta Nabatame – Adaptation de Nagy Véret – Couverture de Toshifumi Sakurai
Février 2016 – 192 pages
Éditeur : Akata, collection WTF! – akata.fr/publications/ladyboy-vs-yakuzas-t5

Coincé sur une île perdue au milieu de nulle part, Kôzô Kamashima tente d’échapper à la centaine de pervers sexuels qui le pourchassent. Il y a quelques mois à peine, il était un jeune truand plein d’avenir. Il était un Yakuza, membre d’un clan puissant, mais il a commis l’erreur funeste de coucher avec la fille et avec la femme de son patron. La vengeance de ce dernier est alors terrible. Il fait opérer Kôzô par un chirurgien qui fait de lui une beauté fatale. Privé de sa virilité, il se retrouve donc sur cette île où toute une bande d’obsédés veut le violer.


« Il était une fois 100 pervers en slip lancés à la poursuite d’un transsexuel (1) malgré lui ». Telle est la phrase d’accroche du manga de Toshifumi Sakurai et l’on se dit alors qu’il n’y a que des Japonais pour inventer une histoire aussi délirante. En lisant les mésaventures ahurissantes de Kôzô, on pense instantanément aux films de Takashi Miike avec les étranges Yakuzas de sa trilogie Dead or Alive (de 1999 à 2002) et l’on ne serait nullement surpris si le réalisateur nippon adaptait ce manga sur grand écran avec la folie qu’on lui connaît. Ladyboy vs. Yakuzas, l’île du désespoir (2) est définitivement un manga à ne pas mettre entre toutes les mains et à ne surtout pas prendre au premier degré. Personnages caricaturaux, humour noir et ironie sont au rendez-vous de cette bande dessinée baroque dont la thématique colle parfaitement avec l’esprit décalé de la collection WTF! d’Akata.


Derrière Ladyboy vs. Yakuzas, l’île du désespoir, on trouve donc le mangaka Toshifumi Sakurai aussi connu sous le pseudonyme de Bargain Sakuraichi. Son style très personnel se caractérise par des personnages masculins souvent disgracieux et animés par des pulsions sexuelles qu’ils ont du mal à maîtriser, et de plantureuses femmes aux formes régulièrement mises en valeur par des bikinis. On retrouve cette dichotomie graphique un peu simpliste dans les quatre tomes de Bathtub Brothers (3), un autre manga de Sakurai publié dans la collection WFT!, mais c’est le scénario et l’évolution des divers protagonistes plongés au cœur d’une crise qu’il faut suivre et apprécier. Sous son identité de Bargain Sakuraichi, il est le dessinateur de La Virginité passé 30 ans, souffrances et désirs au quotidien (4), où il met son graphisme si particulier au service de l’enquête sociétale du journaliste Atsuhiko Nakamura, et il se livre à une véritable relecture de Franz Kafka (1883-1924) en adaptant La Métamorphose (5).


Notes :

1 - Même si Kôzô est un transsexuel involontaire, le thème de l’identité sexuelle est un sujet que les mangas, dans leur grande diversité, abordent sans complexe. Plusieurs ont été traduits en France :
Boku ga Watashi ni Naru Tame ni de Yûna Hirasawa (Kôdansha en 2016) -> Devenir enfin moi-même (Glénat en 2024) ;
Kono Koi ni Mirai wa nai de Bingo Morihashi et Suwaru Koko (ASCII – Mediaworks en 2016) -> Celle que je suis (Akata en 2019) ;
Niku wo Hagu d’Oto Tôda (Shûeisha en 2020) -> L’arrache-chair (Akata en 2022) ;
Boys Run the Riot de Keito Gaku (Kôdansha en 2020) -> Boys Run the Riot (Akata en 2022).

2 - Ladyboy vs. Yakuzas, l’île du désespoir a été prépublié dans les pages du bimensuel seinen Manga Action en 2013, sous son titre original Zetsubou no Hantou - Hyakunin no Brief Otoko to Hitori no Kaizou Gal, puis en cinq volumes par l’éditeur tokyoïte Futabasha et traduit par Akata en 2015-2016, dans la collection WTF!.

3 - Bathtub Brothers a été prépublié dans les pages du bimensuel seinen Manga Action en 2018, puis en quatre volumes par Futabasha au Japon et traduit par Akata en 2020-2021, dans la collection WTF!.

4 - La Virginité passé 30 ans, souffrances et désirs au quotidien a été publié par Leed au Japon et traduit par Akata en 2018, dans la collection L.

5 - La Métamorphose a été prépublié dans les pages du magazine seinen A-Zero en 2008, puis en un volume par Futabasha au Japon et traduit par Akata en 2019.

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