FUMETTI : Storie Blu n° 68 – Follia macabra (Folie macabre)

Storie Blu n° 68 (Mario Caria - Ediperiodici, 1985)

Scénario de Carmelo Gozzo – Dessins d’Alberto Castiglioni – Couverture de Mario Caria
Gennaio 1985 – 188 pages
Éditeur : Ediperiodici

Il y a quarante ans, en 1985, paraissaient des bandes dessinées en petit format, pour adultes et en noir & blanc, totalement décomplexées, où les femmes étaient, pour l’essentiel, réduites à leur sexualité, même si elles s’appelaient Isabella, Maghella, Lucifera, ou Jacula. Dominée par la prose de Carmelo Gozzo, les Storie Blu d’Ediperiodici allaient très loin dans cette représentation du sexe dit faible, beaucoup trop loin.

Storie Blu n° 68 (Alberto Castiglioni - Ediperiodici, 1985)

À la recherche d’un emploi, alors que la crise de 1929 fait rage, deux jeunes filles, la brune Susy et la blonde Edith se débrouillent pour obtenir les postes de femme de chambre et de cuisinière proposés ce jour. C’est ainsi qu’elles entrent au service de M. Perkins, un riche bourgeois qui vient de s’installer à Boston et a besoin de quelqu’un pour s’occuper de sa vaste demeure. L’homme, sobre et discret, passe de longues heures dans son bureau et résiste aux avances pourtant évidentes d’Edith. Mais un jour, alors qu’elle fait le ménage, cette dernière casse un étrange engin dissimulé sous l’escalier. L’arrêt de l’appareil a un effet immédiat sur M. Perkins qui perd son apparence humaine et devient une sorte de zombie cruel, sanguinaire et obsédé sexuel, dont les premières proies sont tout naturellement Susy et Edith.

Storie Blu n° 68 (Alberto Castiglioni - Ediperiodici, 1985)

« Follia macabra », littéralement « Folie macabre », a été traduit sous le titre « Comme chien et chat » pour le 128e numéro de la Série Verte (1) d’Elvifrance. Même cette expression semble n’avoir aucun rapport avec l’histoire qui implique, comme souvent, un extraterrestre qui dissimule sa monstruosité grâce à une technologie bien trop fragile, elle peut s’expliquer. En effet, l’origine de la destruction de l’appareil qui stabilise l’état physique et mental de l’E.T., est un chat effrayé poursuivi par un chien (pages 54 à 58). Au-delà de l’adaptation du titre, Elvifrance taille franchement dans le fumetto original en l’amputant d’une douzaine de planches, notamment celles qui font apparaître le phallus du monstre, certaines scènes de torture trop extrêmes et de cannibalisme. Autocensure plus que nécessaire pour éviter en tout ou partie la véritable censure des autorités qui frappait régulièrement les éditions Elvifrance.

Storie Blu n° 68 (Alberto Castiglioni - Ediperiodici, 1985)

On retrouve, dans cette « Follia macabra », toutes les obsessions de Carmelo Gozzo. Il y a l’extraterrestre lubrique et vicieux qui revient à maintes reprises dans ses récits, et les victimes féminines soumises aux pires supplices qui constituent le gimmick de la quasi-totalité de ses histoires. Il y ajoute une perversion supplémentaire avec le cannibalisme auquel le monstre qu’est devenu M. Perkins oblige Susy et Edith (pages 154 à 159). Une anthropophagie presque totalement expurgée de la version française. Après mille et un tourments, les deux infortunées héroïnes de « Follia macabra » échappent miraculeusement à la mort grâce à l’arrivée d’une mission de secours extraterrestre. Mais, nous sommes en 1930, et elles se retrouvent donc sur Terre et toujours sans emploi.

Storie Blu n° 68 (Alberto Castiglioni - Ediperiodici, 1985)

Avant de conclure, on se doit de remarquer qu’Alberto Castiglioni, le dessinateur de cette « Follia macabra », s’est gentiment inspiré de confrères anglo-saxons. L’emprunt le plus surprenant reste certainement le design du vaisseau de secours des extraterrestres (page 184) qui n’est autre que celui aisément reconnaissable des Eagles de la base Alpha de la série télévisée des années 1970 Space 1999 et de ses adaptations BD réalisées par Charlton Comics (2). Cependant, même la version zombiesque de M. Perkins n’est pas totalement inédite. En effet, l’aspect cadavérique et effrayant de l’extraterrestre renvoie immédiatement à Simon Garth, le zombie des magazines Marvel (3). Castiglioni lui ajoute des organes génitaux fonctionnels et un regard profond que l’original n’avait pas à l’époque. Ces emprunts ne nuisent nullement au récit toujours aussi fou d’un Gozzo qui surprend par ses excès.

Tales of the Zombie n° 3 (Pablo Marcos - Marvel Magazines, 1975)

Notes :

1 - « Follia macabra » (« Comme chien et chat »), écrit par Carmelo Gozzo et dessiné par Alberto Castiglioni, a été publié par Ediperiodici dans Storie Blu n° 68 (Gennaio 1985) et par Elvifrance dans Série Verte n° 128 (Janvier 1986).

2 - Les sept épisodes du comic book Space 1999, écrits par Nicola Cuti et dessinés par Joe Staton, ont été édités par Charlton Comics (cover dates : November 1975 to November 1976).

3 - Simon Garth le Zombie a été créé par Stan Lee et Bill Everett dans Menace n° 5 (cover date : July 1953 – Marvel Comics) et développé par Steve Gerber et Pablo Marcos dans Tales of the Zombie n° 1 (cover date : July 1973 – Marvel Magazines) à 10 (cover date : March 1975 – Marvel Magazines).

Storie Blu n° 68 (Alberto Castiglioni - Ediperiodici, 1985)

Sources bibliographiques :

Le site guidafumettoitaliano.com (en italien) est une source d’informations inépuisable sur la bande dessinée italienne.

L’Encyclo des PFA d’Alain Beyrand (Pressibus, 1996).

Storie Blu n° 68 (Alberto Castiglioni - Ediperiodici, 1985)

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