HUMEUR : Festival d’Angoulême 52e édition, un nouveau festival, un nouveau scandale


Du 30 janvier au 2 février 2025
bdangouleme.com

Au fil des décennies, le FIBD d’Angoulême est devenu une monstruosité sans âme. C’est sur cette créature que L’Humanité Magazine s’est penché dans son édition du 24 janvier 2025 et, visiblement, les alertes des années précédentes n’ont pas servi de leçon à des dirigeants complètement déconnectés de l’art qu’ils devraient honorer : la bande dessinée.


Rappelant qu’un rapport de la Cour régionale des comptes de Nouvelle Aquitaine avait, en 2021, épinglé le financement peu conventionnel du Festival, les journalistes Lucie Servin et Elisabeth Fleury ne peuvent que constater que rien n’a changé en quatre ans. Nous avons donc 9e Art+, basée à Angoulême, qui, bénéficiant d’un contrat de concession, assure la gestion du budget du festival (6,5 millions d’euros en 2023, dont la moitié proviennent de subventions publiques). Cette entreprise privée fait appel à la société parisienne Partnership Consulting pour nouer des partenariats autour du FIBD. Petite particularité amusante, ces deux entités sont gérées par Franck Bondoux, délégué général du festival. Une organisation qui, si elle semble bien rodée depuis la création de 9e Art+ en 2007, n’est pas des plus efficaces puisque l’on apprend que l’édition de 2024 accuse un déficit de 250 000 euros. C’est donc tout logiquement que le tarif des billets d’entrée au FIBD subisse une légère augmentation : « la semaine du festival, tarif unique de 25 euros le jeudi, vendredi et dimanche et 30 euros le samedi. »


Festival en pleine croissance, le FIBD a tout naturellement fait appel à Mentalo, une société de conseil pour les affaires et autres conseils de gestion basée à Paris, pour lui confier la direction du développement. La consultation d’infogreffe permet de constater que cette entreprise n’appartient pas à Franck Bondoux (on est rassuré) puisque son unique dirigeante est Johanna Bondoux, sa fille. Mais, il est certain qu’il ne faut pas voir dans ce choix le moindre népotisme, c’est plutôt une question de confiance, comme ce député lambda qui offre à son épouse de l’aider contre une juste rémunération d’assistante parlementaire. On ne peut nier l’efficacité de l’organisation en place quand Franck Bondoux annonce, en grande pompe, lors d’une conférence de presse le 21 novembre 2024, le nom du nouveau partenaire principal de la manifestation : Quick ! Le célèbre Q rouge de cette chaîne de restauration rapide s’affiche fort discrètement sur les affiches du festival signées Makoto Yukimura, Posy Simmonds et Frank Quitely. Dans le cadre de ce partenariat, trois albums des Aventures de Lucky Luke seront proposés pour deux euros en sus de l’achat d’un menu Quick Lucky Luke avec son petit pain en forme d’étoile.


Et si vous pensez que la coupe est pleine et bien ce n’est pas le cas. En effet, le FIBD sombre dans la catégorie fait divers avec une sordide affaire de viol dont a été victime une responsable de la communication du festival et dont la presse s’est fait l’écho. Il semble cependant que subir une agression sexuelle est, aux yeux de certains employeurs, une faute pouvant entraîner un licenciement. Bien évidemment, c’est une autre version qui est défendue par lesdits employeurs qui pourront développer leurs arguments devant les prud’hommes lesquels trancheront en toute équité, comme c’est leur devoir. Les différents articles de presse ajoutent qu’il existerait, au sein de 9e Art+, un management toxique conduisant à des arrêts pour épuisement. Mais, comme le dit Franck Bondoux, « En 17 ans, il n’y a jamais eu de fait avéré de harcèlement. Aucune suite (judiciaire) ». On est rassuré.


Sources bibliographiques :

• « Gros sous et mal-être : enquête sur un festival d’Angoulême en pleine dérive » de Lucie Servin le 24 janvier 2025 sur
https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/bande-dessinee/gros-sous-et-mal-être-enquete-sur-un-festival-dangouleme-en-pleine-derive
(réservé aux abonnés)

• « Sponsors privés et partenaires publics : le financement pas très clair du festival d’Angoulême » d’Elisabeth Fleury le 24 janvier 2025 sur
https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/festival-dangouleme/sponsors-prives-et-partenaires-publics-le-financement-pas-très-clair-du-festival-dangouleme
(réservé aux abonnés)

• « Violée et licenciée : la double peine pour une salariée du festival d’Angoulême » de Lucie Servin le 24 janvier 2025 sur
https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/agressions-sexuelles/violee-et-licenciee-la-double-peine-pour-une-salariee-du-festival-dangouleme
(réservé aux abonnés)

• « Plainte pour viol, management toxique, népotisme… de nouvelles charges contre le Festival de la BD d’Angoulême » de Fabien Nouvène le 23 janvier 2025 sur
https://www.charentelibre.fr/charente/angouleme/plainte-pour-viol-management-toxique-nepotisme-de-nouvelles-charges-contre-le-festival-de-la-bd-d-angouleme-22959622.php

• « Festival de la BD d’Angoulême : l’organisateur, sous le feu de lourdes charges, conteste des "attaques infondées" » d’Olivier Sarazin le 24 janvier 2025 sur
https://www.sudouest.fr/culture/festival/bd-angouleme/angouleme-l-organisateur-du-festival-de-la-bd-sous-le-feu-de-lourdes-charges-conteste-des-attaques-infondees-22975925.php?csnt=194a404f1c4
(réservé aux abonnés)

• « Angoulême 2025 : l’organisation du Festival à nouveau sur la sellette » de Didier Pasamonik-L’Agence BD le 24 janvier 2025 sur
https://www.actuabd.com/Angouleme-2025-l-organisation-du-Festival-a-nouveau-sur-la-sellette


Le Palmarès 2025

Grand Prix
Anouk Ricard

Fauve d’or Prix du meilleur album
Deux filles nues
de Luz
Albin Michel (Octobre 2024)

Prix René Goscinny
Serge Lehman pour
Les Navigateurs
Delcourt (Octobre 2024)

Prix René Goscinny Jeunesse
Elizabeth Holleville pour
Contes de la mansarde
L’employé du mois (Juin 2024)

Prix Konishi pour la traduction de manga japonais en français
Yohan Leclerc pour
Les saisons d’Ohgishima (de Kan Takahama)
Glénat (2022-2024)

Fauve d’honneur
John Romita, Jr.

Prix Spécial du jury
Les Météores, Histoires de ceux qui ne font que passer
de Jean-Christophe Deveney et Tommy Redolfi
Delcourt (Octobre 2024)

Prix Spécial du jury
En territoire ennemi
de Carole Lobel
L’Association (Septembre 2024)

Prix de la série
Dementia 21 Vol. 2
de Shintaro Kago
Huber (Février 2024)

Prix Révélation
Ballades
de Camille Potte
Atrabile (Novembre 2024)

Prix Jeunesse
Retour à Tomioka
de Laurent Galandon et Michaël Crouzat
Jungle (Août 2024)

Prix du patrimoine
Come Over Come Over
de Lynda Barry
Ça et là (Juin 2024)

Fauve de la bande dessinée alternative
Hairspray Magazine (Allemagne) et Fanatic Female Frustration (France)

Fauve Polar SNCF
Revoir Commanche
de Romain Renard
Le Lombard (Octobre 2024)

Fauve des lycéens
Contes de la mansarde
d’Elizabeth Holleville et Iris Pouy
L’employé du mois (Juin 2024)

Prix des écoles
Léonarde tome 1 – La barbe du Houéran
d’Isabelle Bauthian et Anne-Catherine Ott
Drakoo (Janvier 2024)

Prix des collèges
Mardival
de Yann Cozic
Glénat (Avril 2024)

Prix des lycées
Bobigny 1972
de Marie Bardiaux-Vaïente et Carole Maurel
Glénat (Janvier 2024)

Prix Eco-Fauve Raja
Vert de rage – Les enfants du plomb
de Martin Boudot et Sébastien Piquet
Michel Lafon (Juin 2024)

Prix du public France Télévisions
Impénétrable
d’Alix Garin
Le Lombard (Septembre 2024)

Comme à l’habitude, ce palmarès est l’exact reflet des goûts des lecteurs qui ont plébiscité, d’après les chiffres de vente 2024, Instinct Vol. 1 d’Inoxtag, Basile Monnot et Charles Compain (Michel Lafon en Novembre 2024), One Piece Vol. 107 d’Eiichiro Oda (Glénat en Avril 2024), Spy X Family Vol. 12 de Tatsuya Endo (Kurokawa en Mars 2024), côté manga, et, pour la BD franco-belge, Mortelle Adèle tome 21 de Mr Tan et Diane Le Feyer (Mr Tan & Co en Mai 2024), L’Arabe du Futur tome 7 de Riad Sattouf (Les Livres du futur en Octobre 2024) et La Route de Manu Larcenet (Dargaud en Mars 2024).

Alix Garin (Impénétrable - Le Lombard, 2024)

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