FUMETTI : Storie Blu n° 71 – La Villa Degli Orrori Impossibili (La villa des horreurs impossibles)

Storie Blu n° 71 (Piero Del Prete - Ediperiodici, 1985)

Scénario de Carmelo Gozzo – Dessins de Lorenzo Lepori – Couverture de Piero Del Prete
Aprile 1985 – 188 pages
Éditeur : Ediperiodici

Il y a quarante ans, en 1985, paraissaient des bandes dessinées en petit format, pour adultes et en noir & blanc, totalement décomplexées, où les femmes étaient, pour l’essentiel, réduites à leur sexualité, même si elles s’appelaient Isabella, Maghella, Lucifera, ou Jacula. Dominés par la prose de Carmelo Gozzo, les fumetti d’Ediperiodici allaient très loin dans cette représentation du sexe dit faible, beaucoup trop loin.

Storie Blu n° 71 (Lorenzo Lepori - Ediperiodici, 1985)

Faisant une randonnée solitaire dans la campagne du Colorado, un jeune homme échappe à un taureau furieux en franchissant la barrière qui entoure une superbe demeure isolée de tout. Une sirène d’alarme l’incite à se dissimuler dans des buissons pour éviter d’être vu par le propriétaire qui pourrait le prendre pour un voleur. Il est alors surpris de voir trois superbes femmes vêtues de lingerie suggestive et armées de fouet. Intrigué, il attend qu’elles soient rentrées pour pénétrer dans la maison. Il y découvre un spectacle hallucinant. Chaque pièce abrite d’autres jeunes femmes impitoyablement torturées pour le plus grand plaisir de Monsieur Wood et de sa nièce. Il tente de libérer les victimes, mais il est trahi par ces dernières et capturé.

Storie Blu n° 71 (Lorenzo Lepori - Ediperiodici, 1985)

Étrangement, cet épisode des Storie Blu de Carmelo Gozzo n’a pas été adapté en français par les éditions Elvifrance. Il faut dire qu’associé au dessinateur Lorenzo Lepori, Gozzo pousse le curseur du sadisme à l’extrême et y ajoute une dose de sadomasochisme, puisque les victimes de M. Wood se révèlent être consentantes, même s’il faut attendre la 116e planche pour le découvrir. On apprend ainsi que les dominatrices armées de fouet, les victimes soumises aux pires tortures, sans oublier la « nièce » de Monsieur Wood, sont des prostituées que cet homme richissime et atteint d’une maladie incurable paye largement pour réaliser ses fantasmes ultimes.

Storie Blu n° 71 (Lorenzo Lepori - Ediperiodici, 1985)

Comme pour atténuer l’outrance des supplices infligés, Gozzo et Lepori les rendent grotesques puisque les corps des victimes sont étrangement élastiques et que ces dernières ne ressentent aucune douleur. Le secret de leur étrange endurance est donné par Liz, la « nièce » de Monsieur Wood, à leur prisonnier à la planche 119. En effet, leur généreux employeur utilise du Flex (1), ce produit qui rend la chair élastique dont il va expérimenter les effets lorsque ses jolies geôlières lui en injectent une dose dans son phallus érigé après une fellation préparatoire. Elles jouent alors avec sa virilité de manière fort peu conventionnelle, même pour des professionnelles du sexe.

Storie Blu n° 71 (Lorenzo Lepori - Ediperiodici, 1985)

L’histoire se termine dans la violence, le sang et le psychédélique, car Monsieur Wood n’est pas en phase terminale, mais se révèle être le plus sadique des hôtes. Il n’a qu’une idée en tête, débarrasser le monde des sangsues que sont, pour lui, toutes les prostituées. Il injecte l’antidote du Flex à toutes les victimes qui meurent dans d’atroces souffrances et attire les dominatrices dans un piège où il fusionne leurs corps en une étrange masse consciente et globuleuse. Notre courageux héros et Helen, une dominatrice ayant échappé au traquenard de Monsieur Wood, poussent le maniaque dans la fosse où le blob né du Flex (2) l’engloutit. Bizarrement pour un scénario signé Gozzo, une jeune femme, Helen, est encore vivante au terme du récit, même si toutes ses compagnes sont tuées ou amalgamées en une créature monstrueuse.

Terror Blu n° 38 (Francesco Blanc - Ediperiodici, 1978)

Notes :

1 - Le Flex apparaît pour la première fois dans « Mutazione Biologica » (« Mutation biologique ») écrite par Carmelo Gozzo et dessinée par Francesco Blanc, cette histoire qui a été publiée par Ediperiodici dans Terror Blu n° 38 (Settembre 1978) et par Elvifrance dans Série Verte Hors Série n° 10 (Novembre 1980).

2 - Comme Gozzo n’est pas homme à laisser passer une idée, il réutilise le Flex dans « La Cavia » (« Le Cobaye ») dessiné par Blanc, une histoire qui a été publiée par Ediperiodici dans Terror Blu n° 86 (Luglio 1980), jamais traduite en français.

Terror Blu n° 86 (Francesco Blanc - Ediperiodici, 1980)

Sources bibliographiques :

Le site guidafumettoitaliano.com (en italien) est une source d’informations inépuisable sur la bande dessinée italienne.

L’Encyclo des PFA d’Alain Beyrand (Pressibus, 1996).

Storie Blu n° 71 (Lorenzo Lepori - Ediperiodici, 1985)

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