Scénario d’Alain Chabat en collaboration avec Benoît Oullion et Piano (Pierre-Alain Bloch) – d’après la bande dessinée homonyme de René Goscinny et Albert Uderzo (Dargaud, 1966) – adaptation et dialogues d’Alain Chabat et Benoît Ouillon – réalisation d’Alain Chabat et Fabrice Joubert
Diffusion le 30 avril 2025 sur Netflix
TAT Productions, Éditions Albert René et Netflix
Dans la Gaule presque entièrement occupée par l’envahisseur romain, un petit village résiste encore grâce à l'extraordinaire potion magique du druide Panoramix. Malgré ce handicap de taille les Romains continuent d’attaquer les derniers irréductibles Gaulois, car, comme le dit si bien Astérix : « ils sont fous ces Romains ! » Pendant ce temps, à Rome, Jules César se prépare à célébrer son triomphe, mais il est irrité par le fait qu’on lui rappelle constamment que seule « presque toute la Gaule est occupée ». Lorsque la jeune Métadata lui remémore la tradition gauloise du combat des chefs, César la charge d’organiser le duel qui lui permettra enfin d’occuper toute la Gaule !
Avec son film Astérix et Obélix – Mission Cléopatre (2002), Alain Chabat a prouvé qu’il faut savoir être infidèle au matériel de base si l’on veut véritablement rendre hommage à l’humour de René Goscinny (1926-1977) et Albert Uderzo (1927-2020). En intégrant tout l’esprit Canal à la trame d'Astérix et Cléopatre (Dargaud, 1965) qui sert de cadre à cette rencontre entre Astérix (Christian Clavier) et Cléopatre (Monica Bellucci), Chabat réussit ce mélange parfait entre trahison et fidélité. Tout en gardant le fil conducteur de l’album, il s’éloigne du texte d’origine quand celui-ci a vieilli et invoque des références modernes empruntées parfois à la culture cinématographique à commencer par Star Wars. Il utilise tout naturellement cette méthode lorsqu’il adapte Le Combat des chefs (Dargaud, 1966), avec la bénédiction pleine et entière des Éditions Albert René. Dans une interview accordée à Première, Chabat confie que, pour lui, cet opus fait partie de l’âge d’or de la série. Au surplus, il a l’inestimable l’intérêt de se dérouler entièrement dans le village et de donner la part belle aux personnages.
Même si Le Combat des chefs constitue bien la trame principale des cinq épisodes de la série d’animation, Alain Chabat a picoré des éléments dans divers albums de Goscinny et Uderzo pour muscler son adaptation. Ainsi, pour que les spectateurs du monde entier comprennent pourquoi Obélix n’a plus besoin de boire de potion magique, une bonne partie du premier épisode explique comment le célèbre autoentrepreneur en sculpture de menhirs est tombé dans la potion quand il était petit. René Goscinny avait déjà conté cette histoire sous forme d’un texte illustré par son complice Uderzo publié dans le journal Pilote n° 291 du 20 mai 1965. D’ailleurs, l’un des ingrédients de la potion dévoilés dans ce chapitre inaugural l’avait été dès Astérix le Gaulois (Dargaud, 1961). Certaines des multiples péripéties de cet Astérix et Obélix : Le Combat des chefs sont empruntées à d’autres albums. Ainsi, la crise de foie du chef Abraracourcix provient en droite ligne du Bouclier arverne (Dargaud, 1968). Ces quelques ajouts participent totalement à l’immersion du spectateur au sein de l’univers d’Astérix et Obélix. Et, les clins d’œil récurrents à Star Wars ou l’autoréférence que constitue la participation vocale de Jamel Debouzze (le Numérobis d’Astérix et Obélix – Mission Cléopatre, apportent leur surplus d’humour.
Réalisée par TAT Productions, studio bien connu pour sa série Les As de la jungle régulièrement rediffusée sur les chaînes de France Télévision, l’animation 3D est fidèle au graphisme rond d’Uderzo et se permet quelques clins d’œil appuyés aux albums. En retour, dans l’épisode 4, on aperçoit un forain qui donne à un enfant une peluche qui ressemble à Maurice, l’un des As de la jungle. Les personnages classiques sont donc graphiquement conformes à l’original, et les petits nouveaux, tels que Fastanefurius, Blackangus, Métadata, Apothika, Annabarbera ou la maman de César, ne fond pas tache dans le casting gallo-romain. D’ailleurs, on peut remarquer que la présence féminine se fait de plus en plus importante puisque Métadata joue un rôle essentiel dans cette série, remplaçant l’aide de camp Perclus de l’album BD. De la même manière, Apothika prend la place du druide Amnésix, ajoutant leurs voix à celles de Bonemine et des autres femmes du village.
Avec ses jeux de mots, ses références et ses loyales infidélités, Alain Chabat renouvelle l’exploit d’une adaptation parfaite de l’œuvre de René Goscinny et Albert Uderzo, rivalisant avec son confrère Alexandre Astier (réalisateur avec Louis Clichy d’Astérix : Le Domaine des dieux en 2014 et d’Astérix : Le Secret de la potion magique en 2018). Le seul bémol qui pourrait être apporté à ce véritable succès réside dans le doublage. En effet, Alain Chabat, qui aime travailler avec ses amis et connaissances, a préféré faire appel à ses collègues acteurs plutôt qu’à des comédiens de doublage. Et, si certains font le taf et même plus, d’autres sont beaucoup moins convaincants. Il reste difficile de rivaliser avec les exploits vocaux de Roger Carel (1927-2020), Pierre Tornade (1930-2012) et Henri Labussière (1921-2008), même si Alain Chabat y parvient haut la main en doublant Astérix.






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