VEROTIK SUMMER : Verotika, l’anthologie Torture Porn

Verotika (Simon Bisley et Martin Emond - Verotik, 1994-1997)

Managing Editor : Valarie Jones (n° 1), Hart D. Fisher (n° 2 et 3), Steven Wardlaw (n° 4 à 9) et Ruthie Smith-Barlow (n° 10 à 15) – Publisher : Glenn Danzig
October 1994 à March 1997 – 15 x 36 pages
Éditeur : Verotik

Avant même que le terme de Torture Porn ne soit inventé par les critiques de cinéma pour qualifier le travail d’une bande de jeunes réalisateurs américains, Eli Roth (et son film Hostel en 2005) en tête, mêlant sexe et violence extrême pour attirer des spectateurs avides d’émotions fortes, on pouvait trouver dans l’anthologie Verotika tous les ingrédients de ce sous-genre horrifique en version comic book. Publiée par la maison d’édition indépendante Verotik, créée par le rocker Glenn Danzig à l’aube des années 1990, cette collection à ne pas mettre entre toutes les mains a la particularité de s’être offert la collaboration de maîtres de l’horreur littéraire pour les scénarios et de quelques illustrateurs d’exception côté graphique, le tout sans aucune censure.

"The Room Where Love Lives" dans Verotika n° 2 (Kim Hagen - Verotik, 1995)

Chaque numéro de Verotika propose deux histoires sans lien entre elles, si ce n’est leur dimension purement horrifique. Ce sont donc pas moins de trente terrifiants cauchemars issus de l’imaginaire d’artistes aujourd’hui bien connus qui ont ainsi vu le jour entre 1994 et 1997. Parmi ces auteurs, outre Glenn Danzig, grand maître d’œuvre de Verotik, on retrouve un certain Grant Morrison. L‘Écossais, qui a notamment signé deux superbes « saisons » du comic book The Green Lantern (1), est présent au sommaire de deux des quinze opus de Verotika, avec « The Braille Encyclopedia » (2) et « The Room Where Loves Lives » (3), des récits que DC Comics n’aurait jamais osé publier dans ses défuntes anthologies House of Mystery ou House of Secrets. Mais, ce qui est le plus remarquable, c’est de trouver, au côté de ce scénariste de comic book, des auteurs tels que Rex Miller (1939-2004), Graham Masterton, Ray Garton (1962-2024), Nancy A. Collins et Edward Lee, tous bien connus pour leurs nouvelles et romans d’horreur.

"Box 69" dans Verotika n° 2 (Mitch Byrd & Dan Davis - Verotik, 1995)

Dans « Box 69 » (4), Rex Miller, l’auteur de Chaingang, entraîne ses lecteurs dans un tourbillon érotique jusqu’au twist final qui joue la carte d’une horreur horriblement réaliste. Pour sa part, Masterton (Manitou, Bragelonne en 2007) livre une histoire éminemment perturbante avec « Sex Objet » (5) où une femme se fait opérer pour avoir un deuxième vagin, et ce n’est que le début. Spécialiste du sexe étrange, Ray Garton (Séductions, Fleuve Noir collection Gore en 1985) propose le récit d’une relation sexuelle extrême et assurément dérangeante avec « Punishments » (6). Pour sa part, ayant déjà fait ses preuves sur un run remarqué sur Swamp Thing (7), Nancy A. Collins (La Volupté du sang, J’ai lu en 1999) scénarise « Demon Lover » (8). Son texte est superbement mis en images par le vétéran des magazines d’horreur de Warren et de Marvel qu’est Esteban Maroto. Quant à Edward Lee (L'abomination d'Innswich, Mythologica en 2014), il crée, pour Verotika, la série « Grub Girl » (9), l’histoire d’une prostituée qui revient d’entre les morts pour se venger. Concoctée par des maîtres de l’horreur littéraire, mêlant érotisme et gore, Verotika est une production typique des années 1990.

"Demon Lover" dans Verotika n° 3 (Esteban Maroto & James Daley - Verotik, 1995)

Si, d’une certaine manière, l’Espagnol Esteban Maroto et son « Demon Lover » (8) font le lien entre les magazines d’horreur classiques édités par Warren Publishing ou Marvel Comics durant les seventies, et les titres gore d’Avatar Press des années 2000, Verotika invite à découvrir une sélection d’artistes aux styles différents venus d’horizons variés. L’empire britannique a envoyé ses meilleurs éléments avec Simon Bisley et Martin Emond qui signent la plupart des couvertures de l’anthologie. Bisley illustre également « Obscenity » (10), la première histoire du premier numéro de Verotika qui sert de prologue aux aventures de Satanika. Autre ressortissant britannique, Duke Mighten met en images, avec son trait aisément reconnaissable, « Sex Object » (5). Verotika accueille également des artistes américains qui font leurs premiers pas professionnels chez Verotik, comme Eric Canete qui dessine « Changeling » (11) ou Simon Morse avec « Grub Girl » (9), ainsi que des artistes déjà connus qui à l’instar de Jae Lee avec « Among Friends » (12) ou d’Adam Pollina avec « She Only Likes Men » (13) s’essayent à des choses différentes en usant et abusant de la carte Torture Porn que joue à l’envi Verotika en ces années 1990 (14).

"Obscenity" dans Verotika n° 1 (Simon Bisley - Verotik, 1994)

Notes biblio-chronologiques :

1 - The Green Lantern Season 1 (cover dates : January 2019 to December 2019) et The Green Lantern Season Two (cover dates : April 2020 to May 2021), dessinées par Liam Sharp pour DC Comics.

2 - « The Braille Encyclopedia » scénario de Grant Morrison & Eric Burnham et dessins de Ted Naifeh dans Verotika n° 1 (October 1994) pour Verotik, sous une couverture de Simon Bisley.

3 - « The Room Where Loves Lives » scénario de Grant Morrison et dessins de Kim Hagen dans Verotika n° 2 (cover date : February 1995) pour Verotik, sous une couverture de Simon Bisley.

4 - « Box 69 » scénario de Rex Miller et dessins de Mitch Byrd & Dan Davis dans Verotika n° 2 (cover date : February 1995) pour Verotik, sous une couverture de Simon Bisley.

5 - « Sex Objet » scénario de Graham Masterton et dessins de Duke Mighten dans Verotika n° 7 (cover date : December 1995) pour Verotik, sous une couverture de Martin Emond.

6 - « Punishment » scénario de Ray Garton et dessins de Simon Morse dans Verotika n° 9 (cover date : March 1996) pour Verotik, sous une couverture de Martin Emond.

7 - Swamp Thing n° 110 (cover date : August 1991) à 138 (cover date : December 1993) réunis dans Swamp Thing by Nancy A. Collins Omnibus (cover date : April 2020) chez DC Black Label.

8 - « Demon Lover » scénario de Nancy A. Collins et dessins d’Esteban Maroto & James Daley dans Verotika n° 3 (cover date : May 1995) pour Verotik, sous une couverture de Frank Frazetta.

9 - « Grub Girl » scénario d’Edward Lee et dessins de Simon Morse dans Verotika n° 8 (cover date : February 1995) et n° 15 (cover date : March 1997) pour Verotik, sous des couvertures de Martin Emond et de Simon Morse. « Grub Girl » a été adapté au cinéma en 2006 par le prolifique réalisateur de films X, Craven Moorehead, avec l’actrice porno Brittney Skye dans le rôle de Grub Girl.

10 - « Obscenity » scénario de Glenn Danzig et dessins de Simon Bisley dans Verotika n° 1 (cover date : October 1994) pour Verotik, sous une couverture de Simon Bisley.

11 - « Changeling » scénario de Graham Masterton et dessins d’Eric Canete dans Verotika n° 6 (cover date : October 1995) pour Verotik, sous une couverture de Martin Emond.

12 - « Among Friends » scénario et dessins de Jae Lee dans Verotika n° 3 (cover date : May 1995) pour Verotik, sous une couverture de Frank Frazetta.

13 - « She Only Likes Men » scénario de Glenn Danzig et dessins d’Adam Pollina & Jimmy Palmiotti dans Verotika n° 9 (cover date : March 1996) pour Verotik, sous une couverture de Martin Emond.

14 - Glenn Danzig a relancé son anthologie sous la bannière Morella Presents Verotika Returns, cinq one-shots entre 2009 et 2018, et le temps d’un film à sketches horrifique intitulé Verotika, avec l’actrice porno Kayden Kross dans le rôle de Morella, réalisé en 2019 par nul autre que Glenn Danzig.

Verotika avec Kayden Kross (Glenn Danzig - Cleopatra Entertainment, 2019)

MISE A JOUR 2025


Pour tout savoir sur Verotika the movie, il faut absolument voir, sur youtube, la chronique de Steve consacrée à ce film à sketches dans sa collection Vendredi Nanar de sa chaîne RE-VU, sous le titre « Verotika (2019) Le « The Room » de l’horreur – Quand les stars du X font dans l’horreur ! » mise en ligne le 31 octobre 2025.

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