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| Storie Blu n° 75 (Piero Del Prete - Ediperiodici, 1985) |
Scénario de Carmelo Gozzo – Dessins de Gianni Crivello – Couverture de Piero Del Prete
Agosto 1985 – 188 pages
Éditeur : Ediperiodici
Il y a quarante ans, en 1985, paraissaient des bandes dessinées en petit format, pour adultes et en noir & blanc, totalement décomplexées, où les femmes étaient, pour l’essentiel, réduites à leur sexualité, même si elles s’appelaient Isabella, Maghella, Lucifera, ou Jacula. Dominés par la prose de Carmelo Gozzo, les fumetti d’Ediperiodici allaient très loin dans cette représentation du sexe dit faible, beaucoup trop loin.
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| Storie Blu n° 75 (Gianni Crivello - Ediperiodici, 1985) |
Allemagne, 1944. Grethel, zélée auxiliaire du docteur Hoffmann, sélectionne deux prisonnières, la blonde Hanna et la brune Frida. Elle les conduit jusqu’au laboratoire du médecin qui les attend pour mener sa nouvelle expérience. Du haut de son génie, il entend prouver que le sperme accroit l’énergie vitale de la femme qui le reçoit. Pour réaliser ses essais cliniques de manière objective et efficace, Hoffmann fait de Frida son sujet témoin. Hanna est donc soumise à une imprégnation de semence masculine en étant violée par une vingtaine de gardiens. Les jeunes prisonnières sont alors torturées à mort, en utilisant des rats affamés, afin de démontrer la véracité de la thèse d’Hoffmann.
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| Storie Blu n° 75 (Gianni Crivello - Ediperiodici, 1985) |
Les histoires imaginées par Carmelo Gozzo ne cherchent pas à être réalistes. Ses scénarios sont toujours dans le sens de l’excès et de la surenchère, toujours plus de sexe et toujours plus de violence. « Gara di vitalita » n’est donc que l’un de ces récits extrêmes, avec un savant fou qui teste sa théorie sur des victimes féminines non consentantes. Cependant, en situant son intrigue à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le scénariste pointe du doigt, à travers de l’expérience délirante qu’il décrit, les dérives de certains docteurs en période de guerre, justifiées par une idéologie raciste. S’appuyant sur la conviction d’appartenir à une race supérieure et malgré le serment d’Hippocrate, des individus ayant fait des études médicales et se disant médecin ont utilisé des prisonniers pour se livrer à des expérimentations aussi horribles qu’inutiles.
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| Storie Blu n° 75 (Gianni Crivello - Ediperiodici, 1985) |
Cet épisode, qui aurait très certainement subi les foudres de la censure française pour plus d’un motif, n’a pas été traduit par les éditions Elvifrance. Il faut dire que, dès la page 43, le récit sombre dans le gore avec des rats affamés qui dévorent goulument les tétons d’Hanna et de Frida. Et ce n’est que le début de leur calvaire. Bien évidemment, comme dans tout Gozzo, il y a un retournement de situation avec ce rat qui s’échappe et qui va alors attaquer l’un des gardes pour en prendre possession. Le scénariste laisse planer le mystère jusqu’au moment où, une Frida réduite à l’état de tronc sanguinolent révèle au docteur Hoffmann et à Grethel qu’elle est immortelle ! Intervenant en page 93, cette confession n’est que le prélude de la fin pour Hoffmann et Grethel dont Frida se vengera grâce au soldat et aux rats qu’elle manipule. Et, s’étant diffusée par l’intermédiaire des rongeurs à travers tout le camp, elle prend le contrôle de tous les prisonniers et gardiens survivants, premier pas de la conquête du monde.
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| Storie Blu n° 75 (Gianni Crivello - Ediperiodici, 1985) |
Comme souvent, le récit de Carmelo Gozzo part dans tous les sens, mais parvient pourtant à garder une certaine cohérence. Le scénariste mélange allègrement sexe et torture en milieu carcéral pendant la Seconde Guerre mondiale. À cet étrange cocktail, Gozzo ajoute une nouvelle ignominie en adaptant à sa sauce le supplice du rat. Cette torture usitée en Chine médiévale consistait à placer un seau retourné sur le ventre de la victime, emprisonnant un rat à l’intérieur. Le bourreau chauffait le fond du récipient et le rongeur, cherchant instinctivement à fuir la chaleur, creusait son chemin dans l’estomac du condamné. Gozzo pousse le vice jusqu’à l’extrême en permettant aux rats de dévorer entièrement les deux prisonnières (1).
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| Storie Blu n° 75 (Gianni Crivello - Ediperiodici, 1985) |
L’histoire prend un tour nouveau lorsque Frida révèle sa véritable nature. Uniquement composée de protoplasme, elle devient une intelligence collective quand un autre être vivant avale ses cellules, comme les rats qui la dévorent ou le soldat colonisé par l’un des rongeurs contaminés. Cette idée d’invasion rampante rappelle la trame de The Body Snatchers (2). À l’instar d’un Miles Bennell (3), Grethel, qui a survécu à la première attaque, mais ne survivra pas à la deuxième, ne parvient pas, malgré l’accumulation de morts, à convaincre ses supérieurs de la menace qui plane sur eux. Au final, on peut voir cette « Gara di vitalita » comme une adaptation totalement déviante de L’invasion des profanateurs.
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| Storie Blu n° 75 (Gianni Crivello - Ediperiodici, 1985) |
Notes :
1 - Le supplice du rat joue également un rôle dans le très gozzien « Il pifferaio » (« Le joueur de flute ») pourtant signé par le Studio di If et dessiné par Saverio Micheloni & Emilio Ceccheto, publié par Ediperiodici dans Storie Viola n° 25 (Novembre 1987) et par Elvifrance dans Incube n° 75 (Juillet 1991).
2 - Invasion of the Body Snatchers (L’invasion des profanateurs de sépultures) est un roman de Jack Finney (Dell Books, 1955), traduit en France par Michel Lebrun (Guenaud, collection Azimuth, Août 1977), adapté au cinéma par Don Siegel (1956), Philip Kaufman (1978), Abel Ferrara (1993) et Oliver Hirschbiegel (2007).
3 - Miles Bennell est le narrateur et protagoniste d’Invasion of the Body Snatchers. Il a été interprété par Kevin McCarthy (dans la version 1956).
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| Storie Blu n° 75 (Gianni Crivello - Ediperiodici, 1985) |
Sources bibliographiques :
Le site guidafumettoitaliano.com (en italien) est une source d’informations inépuisable sur la bande dessinée italienne.
L’Encyclo des PFA d’Alain Beyrand (Pressibus, 1996).
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| Storie Blu n° 75 (Gianni Crivello - Ediperiodici, 1985) |









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