Perdu au milieu du Black Atlantic, un vénérable porte-conteneurs découvre plusieurs dizaines de noyés flottant à la surface des eaux toxiques de l’océan. Il ne faut pas longtemps aux membres d’équipage pour se rendre compte qu’il s’agit des corps de détenus. Averti de cet inexplicable incident, le Grand Hall de Justice fait immédiatement appel au Judge Dredd. En effet, la Barge, une prison flottante abritant 10 000 condamnés violents, a quitté son ancrage et, entourée d’un étrange brouillard, dérive vers la mégapole, sans répondre aux tentatives de contact. Les prisonniers noyés ne peuvent provenir que de ce centre de détention. Dredd va devoir constituer une équipe de choc pour élucider ce mystère.
Faisant désormais parie des piliers de l’hebdomadaire 2000AD, Rob Williams appartient au club relativement restreint des scénaristes réguliers de Judge Dredd. Avec « And to the Sea Return », il livre l’un de ces récits d’horreur qui font tout le sel de cette série de science-fiction créée, rappelons-le, en 1977. Comme tous les scribes habituels des histoires du célèbre Juge de Mega-City One, Williams a bien révisé ses classiques et, tout en tissant la toile horrifique qui va piéger Dredd et ses compagnons, utilise des lieux, des concepts et des personnages (1) imaginés par les grands anciens, de John Wagner à Gordon Rennie, en passant Alan Grant. Le scénariste de « And to the Sea Return » réunit le légendaire duo constitué par Dredd et Anderson, pour mieux les séparer dès le 3e épisode. Les plus fidèles lecteurs se souviennent qu’ensemble, ils ont vaincu le cauchemardesque Judge Death (2) et vécus plusieurs aventures où les pouvoirs psi d’Anderson ont permis au Judge Dredd de battre des adversaires hors du commun. À partir du troisième chapitre, Williams nous entraîne dans un récit à l’ambiance lovecraftienne, tout à fait dans l’esprit du Cauchemar d’Innsmouth (3). Et lorsque d’étranges vers noirs se mettent à grouiller, c’est aux Slugs de Shaun Hutson (4) que l’on pense.
Pour illustrer cette terrifiante histoire dont l’équipe de Judge Dredd ne sortira pas indemne, loin de là, Williams peut compter sur le vétéran qu’est Henry Flint. On se souvient que ce dernier a dessiné sa première aventure du célèbre Judge en 1996 (5), sur un scénario du seul et unique John Wagner. Si son trait est plutôt classique, on peut apprécier sa mise en couleur particulièrement sobre et jouant sur les pastels qui crée une ambiance angoissante à souhait. Parlant de son travail sur « And to the Sea Return », Flint indiquait « Je ne peux rivaliser avec les maîtres de l'horreur que sont Dave Kendall et Nick Percival, mais je pense avoir trouvé une voie différente. » Et, il est vrai qu’en quelques coups de crayon, il donne un visage et une âme à chacun des compagnons de Dredd comme à ses adversaires, même les plus vils. Ses personnages sont profondément humains, ils prennent des coups, souffrent et se battent contre mille horreurs pour vaincre ou mourir. Du grand art. On en redemande.




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