Cinq nouveaux hommes invisibles de BD

 


Imaginé en 1897 par le romancier britannique Herbert George Wells (1866-1946), le personnage de l’Homme invisible (alias Grifin) a fait l’objet de plusieurs adaptations ou inspirations plus ou moins fidèles au cinéma et à la télévision, ainsi que quelques déclinaisons littéraires. Cet archétype du savant fou a bien évidemment connu plusieurs itérations en bandes dessinées. Les BD Chroniques vous proposent de découvrir une nouvelle sélection de cinq de ces versions, de manière totalement partiale et complètement subjective.

Main d'Acier n° 9 (Jésus Blasco - Gemini, 1969)

Louis Crandell dans Steel Claw par Kenneth Bulmer et Jesus Blasco (IPC Magazines - GB)
Assistant du professeur Barringer, Louis Crandell perd sa main droite dans un accident de laboratoire. Cela ne l’empêche pas de continuer son travail avec une prothèse métallique à la place de son membre manquant. Un nouvel accident lui donne un pouvoir exceptionnel. Lorsqu’il reçoit une décharge électrique, son corps et ses vêtements deviennent invisibles pendant un laps de temps limité, seule sa main artificielle reste visible. Un tel talent en fait l’agent numéro un de l’élite des services secrets britanniques, The Shadow Squad, et l’adversaire privilégié de F.E.A.R. (la Federation for Extortion, Assassination and Rebellion).
Publiées sous forme de feuilleton dans les pages de l’hebdomadaire anglais Valiant, dès son premier numéro (6th October 1962), sous le titre Steel Claw, les aventures de Louis Crandell ont été créées par l’écrivain de SF Kenneth Bulmer (1921-2005) et le dessinateur espagnol Jesus Blasco (1919-1995), avant d’être reprises par le scénariste Tom Tully et divers illustrateurs jusqu’en 1968. Cela ne marque pas la fin de Steel Claw qui réapparaît plus ou moins régulièrement dans le petit monde de la BD britannique. La série originale a été traduite en français sous le titre Main d’Acier publiée en petit format par les éditions Gémini, puis les Éditions de l’Occident entre 1968 et 1980.

Le Parfum de l'invisible version colorisée (Milo Manara - Drugstore, 2010)

Le professeur dans Le parfum de l’invisible par Milo Manara (Edizioni Nuova Frontiera - Italie)
En cherchant son ami Béatrice, la jeune et jolie Miel a la surprise de découvrir qu’un homme squatte sa chambre. En fait, ce n’est qu’un demi-homme puisque seuls sa tête et son torse sont encore visibles. Il se présente comme un docteur en physique qui, lors de recherches sur les fibres optiques, a trouvé le secret de l’invisibilité. Grâce à une pommade de sa composition à la bonne odeur de caramel, il peut se rendre invisible et il va en profiter pour jouer les voyeurs, sauf si Miel l’en empêche. Milo Manara reprend le fantasme classique de l’homme invisible qui peut voir sans être vu et donc pénétrer l’intimité des plus jolies femmes. Il joue la carte de d’un érotisme légèrement salace.
Écrit et dessiné par Milo Manara, Il profumo dell’invisibile a été prépublié dans le magazine italien Totem des Edizioni Nuova Frontiera, en 1985-1986. Traduite par Martine Ségard, la version française de ce Parfum de l’invisible a été édité par Albin Michel, dans la collection L’Écho des Savanes, en 1986. Une nouvelle traduction réalisée par Luca Staletti et Aurore Schmid, colorisée par le Studio 9, a été publiée en 2010 par Drugstore. Un deuxième tome sans Miel est paru en 1995 chez Albin Michel et en 2010 chez Drugstore, la douce blonde étant occupée à jouer les vedettes dans Candide caméra, un album de Milo Manara publié dans la collection L’Écho des Savanes d’Albin Michel en 1990.

L'Homme Iinvisible tome 1 (Chris Regnault - Glénat, 2017))

Griffin dans L’homme invisible par Dobbs et Chris Regnault (Glénat - France)
Sans en faire sa seule spécialité, Dobbs compte plus d’une adaptation de classiques de la littérature en BD. On lui doit notamment l’étrange rencontre entre Mister Hyde et Frankenstein pour Soleil (deux tomes en 2010 – dessins d’Antonio Marinetti), mais il a surtout réussi l’exploit d’adapter, pour les éditions Glénat, les quatre principaux romans de Herbert George Wells (1866-1946). On lui doit ainsi La machine à explorer le temps (un tome en 2017 – dessins de Mathieu Moreau),  La Guerre des mondes (deux tomes en 2017 – dessins de Vicente Cifuentes), L'Île du Docteur Moreau (un tome en 2017 – dessins de Fabrizio Fiorentino) et bien évidemment L’homme invisible ! Dobbs revient aux sources et livre une version au plus proche du texte original en bénéficiant du dessin ferme et de la mise en page énergique de Chris Regnault.
Écrite par Dobbs et mises en images par Chris Regnault, aidé pour les couleurs par Andrea Meloni et Arancia Studio, cette version de L’homme invisible a connu deux éditions. La première a été publiée sous le label Glénat en 2017 et la seconde dans le cadre de la collection des Grands classiques de la littérature en bande dessinée, une co-édition Glénat et Le Monde.

Universal Monsters - Invisible Man n° 1 (Dani - Image Comics-Skybound Entertainment, 2025)

Jack Griffin dans The Invisible Man par James Tynion IV et Dani (Image Comics-Skybound Entertainment - USA)
Depuis 2023, Skybound Entertainment et Image Comics ont conclu un accord avec Universal Products & Experiences afin d’adapter en comic book les célèbres Universal Monsters. Après Dracula, The Creature of the Black Lagoon, Frankenstein et The Mummy, Skybound s’est tout naturellement intéressé à The Invisible Man. Le personnage de H.G. Wells est tombé dans le domaine public, mais, en accord avec Universal, Skybound adapte librement la version cinématographique en reprenant l’esthétique du film de James Whale (1889-1957). Interprété par Claude Rains (1889-1967), ce long-métrage en noir et blanc, sorti en salles en 1933, avec des effets spéciaux purement pratiques réalisés par John P. Fulton (1902-1966), avec l’utilisation de bandages pour dissimuler l’invisibilité de Griffin. On ne compte plus les déclinaisons de ce film au cinéma jusqu’à The Invisible Man de Leigh Whannell, le co-créateur de la franchise Saw, en 2020, sous le double label Blumhouse-Universal. Cette version comic book est signée James Tynion IV, bien connu pour son travail sur Batman pour DC Comics entre 2012 et 2021, et pour l’adaptation de Dracula pour Skybound en 2023. Il est épaulé par la dessinatrice Dani et le coloriste Brad Simpson qui ont travaillé sur les huit épisodes de Coffin Bound pour Image Comics, en 2019-20.
Écrits par James Tynion IV et dessinés par Dani, avec des couleurs de Brad Simpson, les quatre épisodes de The Invisible Man ont été publiés par Image Comics en 2025.

Omae no Hyoujou wo Tashikametai Chapitre 3 (Ryuta Amazume - Kodansha, 2025)

Toru One dans Omae no Hyoujou wo Tashikametai par Ryûta Amazume (Kodansha – Japon)
Omae no Hyoujou wo Tashikametai (littéralement Je veux voir ton expression) fait partie de ces mangas qui joue à fond la carte de l’érotisme déconplexé sans sombrer dans le hentaï. Ryûta Amazume, connu en France pour les 18 volumes du manga ecchi Attache-moi ! (Nana to Kaoru en VO) publié par Pika entre 2014 et 2018, s’amuse ainsi à mettre en scène les chaudes rencontres entre la plantureuse Madoka Misumi et Toru One. Ce dernier est invisible, mais pas ses vêtements ni ses lunettes, ce qui permet de le repérer facilement jusqu’à ce que Madoka le déshabille pour profiter de lui. Cette astuce permet au mangaka de dessiner des scènes de sexe sans censure excessive puisque les objets du délit du partenaire sont totalement invisibles. Au-delà des scènes de cul, Amazume s’intéresse aussi au lien qui unit Madoka et Toru. De simples sex friends, ils deviennent petit à petit un véritable couple, un peu bizarre, mais profondément amoureux.
Écrit et dessiné par Ryûta Azamune, ce manga est publié sur la plateforme yanmaga.jp de Kodansha depuis septembre 2025. À l’instar du Manga Plus de Shueisha, certains chapitres sont en libre lecture pour qui maîtrise la langue japonaise.

Omae no Hyoujou wo Tashikametai Chapitre 5 (Ryuta Amazume - Kodansha, 2025)

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