HUMEUR : Festival d’Angoulême 53e (et dernière édition ?)

FIBD 2026 vue par une IA

Du 29 janvier au 1er février 2025
bdangouleme.com

Lancé au siècle dernier par une bande de passionnés réunis au sein d’une association sans but lucratif, le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême recevait pas moins de 10 000 aficionados dès sa première édition, en 1974. Le succès des origines ne s’est pas démenti depuis. Chaque année, la cité charentaise de 41 423 habitants (en 2022 – source INSEE) accueille ainsi près de 200 000 visiteurs avides de bulles et autres phylactères mis en cases. Orchestré, depuis 2008, par la société 9e Art+ (1), le FIBD s’est transformé d’un événement culturel en une grand’ messe mercantile.

Franck Bondoux

Ce 1er décembre 2025, par la voix de ses avocats (2), la société 9e Art+ met fin au feuilleton médiatique qui animait les rubriques culture et faits divers de la presse locale, nationale voire internationale. Faisant habilement reposer la responsabilité de l’annulation de l’événement sur les financeurs publics, le communiqué annonce que « l’édition 2026 du Festival ne pourra matériellement pas avoir lieu dans des conditions appropriées. » Au-delà de cette information, le texte ne se prive pas de faire les louanges de 9e Art+ sans qui le festival ne serait pas devenu ce qu’il est et s’inquiète des « conditions de l’organisation du FIBD en 2027, édition dont l’organisation appartient juridiquement à 9e Art+. » Il semble en effet évident que Franck Bondoux, gérant et principal actionnaire de la société 9e Art+ a désormais l’intention de contre-attaquer sur le terrain juridique, rappelant implicitement qu’il a tenu tous ses engagements et que, contractuellement, l’avenir du festival, après l’année blanche de 2026, est toujours entre ses mains.

Delphine Groux

Ce communiqué offre également l’occasion à 9e Art+ de rétablir sa vérité en évoquant les « résultats du récent processus d’appel à projets que 9e Art+ avait remporté régulièrement, en groupement ». C’est une version qui omet de préciser le flagrant manque de transparence qui avait entouré ce fameux processus orchestré par Delphine Groux et l’association FIBD. En effet, le mode de sélection du futur organisateur du festival restait pour le moins obscur, diverses indiscrétions permirent d’apprendre qu’au moins cinq candidats avaient participé à l’appel à projets. Céline Ragot, associée à l’agence Côte Ouest, une filiale du Groupe Sud Ouest ; Yves Bérenguer et Paris Livres Événements ; et Claudio Curcio créateur du ComiCon de Naples, ont été rapidement écartés, ne laissant que deux finalistes Franck Bondoux pour la société commerciale 9e Art+ et Patrick Mardikian de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBDI), établissement public local, invités, par l’association FIBD, à collaborer pour les éditions 2028 et suivantes du festival.

Un vent de révolte

Ce que le communiqué omet de préciser, si ce n’est en insistant sur « des campagnes de dénigrement – savamment entretenues et qu’aucune preuve ni décision administrative ou judiciaire n’est jamais venue étayer », c’est l’ambiance délétère qui entoure l’organisation actuelle du FIBD. Il oublie également d’évoquer les véritables acteurs de ce festival BD que sont les autrices, les auteurs et les éditeurs grands et petits, s’inquiétant surtout des conséquences économiques « pour ses salariés, experts et prestataires ainsi que pour les entreprises et commerçants d’Angoulême, de la Charente et de la Nouvelle Aquitaine ». Ce sont pourtant les menaces réitérées de boycott lancées par des collectifs d’autrices et d’auteurs, accompagnés dans l’action par des syndicats d’artistes et d’éditeurs, et par certaines grosses maisons d’édition, qui ont permis d’alerter sur les manquements – supposés ou réels, c’est aux instances de contrôle de le vérifier – de l’organisateur, 9e Art+ (3). En attendant que les choses se décantent, la Mairie d’Angoulême participe à l’initiative Le Grand Off* de la Bande Dessinée d’Angoulême qui occupera le créneau libérer par le FIBD pour refaire de la BD une fête gratuite et en accès libre. Wait and See…

FIBD le naufrage

Notes :

1 - 9e Art+ est une société à responsabilité limitée créée le 3 août 2007, avec un capital de 10 000,00 euros détenu à 91 % par Franck Bondoux et 9 % par Partnership Consulting (dont Franck Bondoux est le gérant). L’unique activité de 9e Art+ consiste en l’organisation du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême.

2 - D’après leurs C.V., les deux avocats signataires, du cabinet parisien August Debouzy, sont spécialisés en droit public, ayant pour l’un d’eux « une forte pratique en contentieux devant les juridictions administratives ».

3 - À propos de la gestion de 9e Art+, il faut absolument lire le Rapport d’observations définitives – SARL 9ème Art+ (Département de la Charente) du 24 juin 2021 de la Cour Régionale des Comptes de Nouvelle Aquitaine, qui s’interroge sur les liens qui unissent 9e Art+ à l’un de ses prestataires, Partnership Consulting, dont le gérant est également Franck Bondoux. Et pour une vue d’ensemble, on peut se référer à l’enquête de Lucie Servin dans L’Humanité Magazine n° 938 du 23 janvier 2025 (Société nouvelle du journal L’Humanité).

L’Humanité Magazine n° 938 du 23 janvier 2025

Sources bibliographiques :

• « Festival de la BD d'Angoulême : l'édition 2026 est officiellement annulée, annonce la société organisatrice » de France Info et Radio France le 2 décembre 2025 sur
https://www.franceinfo.fr/culture/bd/festival-de-bd-d-angouleme/festival-de-la-bd-d-angouleme-l-edition-2026-est-officiellement-annulee-annonce-la-societe-organisatrice_7651256.html

• « Festival d’Angoulême 2026 annulé : 9eArt+ lance les hostilités » de Didier Pasamonik-L’Agence BD le 2 décembre 2025 sur
https://www.actuabd.com/Festival-d-Angouleme-2026-annule-9eArt-lance-les-hostilites

• « Angoulême 2026 : un festival de Off* ! » de Didier Pasamonik le 20 décembre 2025 sur
https://www.actuabd.com/Angouleme-2026-un-festival-de-Off

Un espoir pour 2026 ?

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