Directeur de la rédaction : Guy Vidal (Pilote) et Claude Moliterni (Charlie)
Couverture : Jean Solé (Pilote) et Annie Goëtzinger (Charlie)
Février 1986 - 100 pages (Pilote) et 116 pages (Charlie)
Éditeur : Dargaud
Il y a quarante ans, en 1986, la bande dessinée ne se déclinait pas uniquement sous forme d’albums, il y avait des publications hebdomadaires, mensuelles ou trimestrielles qui avaient leur public fidèle. Certains existent encore, d’autres pas.
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| Fred et Bob dans Pilote n° 140 (Olivier Vatine - Dargaud, 1986) |
Pilote
Né sous une forme hebdomadaire, en 1959, sous la houlette de René Goscinny (1926-1977), Albert Uderzo (1927-2020), Jean-Michel Charlier (1924-1989) et quelques autres, Pilote révolutionne alors le monde de la BD jeunesse. C’est dans les pages de cet illustré que naissent Astérix et Obélix, Tanguy et Laverdure, Valérian et Laureline, des héros que l’on peut croire éternels. Racheté, dès 1960, par les éditions Dargaud, le magazine qui rivalise jusqu’alors avec le Journal de Tintin, le Journal de Spirou ou le Journal de Mickey, change d’orientation en accueillant de nouveaux auteurs au style moins traditionnel comme Jean-Marc Reiser (1941-1983), Nikita Mandryka (1940-2021) ou Marcel Gotlib (1934-2016), et en changeant de rythme de parution pour devenir mensuel, en 1974. Les meilleurs artisans de la BD francophone passent forcément par les pages de Pilote, le magazine de référence. C’est là que débutent des artistes tels que Didier Tronchet et son Raymond Calbuth ; Jean-Marc Lelong (1949-2004) et son Monsieur Émile ; Thierry Cailleteau (1959-2023) & Olivier Vatine et leurs Fred et Bob.
S’inspirant du succès du mensuel de BD italien Linus, Delfeil de Ton, avec le soutien du Professeur Choron (1924-2005) et des éditions du Square, lance le premier numéro de Charlie Mensuel en février 1969. À l’image de son modèle italien, Charlie Mensuel propose la réédition de grands classiques de la bande dessinée internationale : Li’l Abner, Peanuts, Fearless Fosdick, Krazy Kat, Andy Capp, Valentina et autres. Les piliers de l’équipe d’Hara Kiri (1), l’autre titre des éditions du Square, viennent compléter le sommaire avec des gags, des histoires courtes ou des feuilletons originaux tels que les aventures de Paulette imaginées par Georges Wolinski (1934-2015) et superbement illustrées par Georges Pichard (1920-2003). Sous la supervision de Wolinski, puis de Willem, Charlie Mensuel survit jusqu’en septembre 1981, cessant de paraître sans prévenir au n° 152. Il accueille alors des auteurs aussi différents que Dominique Rousseau, Philippe Petit-Roulet (1953-2023), Aloys, Hugot, Carali, Farid Boudjellal, Olivia Clavel ou Alex Varenne (1939-2020). Les éditions Dargaud rachètent le titre et le relancent dès 1982, avec une nouvelle numérotation et sans reprendre les séries brutalement interrompues, mais prépubliant les productions de leur catalogue.
Publiés par les éditions Dargaud, en février 1986, Pilote Mensuel n° 140 et Charlie Mensuel n° 45 annoncent tous les deux leur prochaine fusion. Dans son éditorial, Guy Vidal (1939-2002) (2) ne cache pas que la raison de ce mariage est purement économique. En ce milieu des années 1980, la plupart des magazines de bandes dessinées ne sont plus rentables. Il est vrai que l’industrie de la BD a changé et il n’est plus obligatoire de passer par la case prépublication pour obtenir le droit à un album. Devenus, pour la plupart, de simples vitrines permettant la promotion des séries à succès, les journaux de bandes dessinées ont perdu leur fonction de découvreurs de talents. Sous la houlette de leur directeur de rédaction respectif, les deux revues profitent de ces ultimes numéros pour clôturer les séries en cours. Pilote ajoute à cette conclusion une interview de Georges Dargaud (1911-1990) qui répond à sept questions sur la crise de la BD et joue la carte de la nostalgie avec six pages reprenant une sélection de couvertures et d’évènements marquants des années « 1959/1986 – La bande à Pilote » signé par François Gorin. Pilote Mensuel n° 140 et Charlie Mensuel n° 45 marquent définitivement la fin d’une époque, celle de la prépublication en France, car la fusion de deux magazines en déshérence n’a pas forcément un grand avenir.
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| Jack Palmer dans Pilote n° 140 (René Pétillon - Dargaud, 1986) |
Notes :
1 - Hara Kiri, le journal bête et méchant fondé par le Professeur Choron et François Cavanna en 1960, subit les foudres de la censure en 1970 avec sa célèbre Une : « Bal tragique à Colombey – 1 mort » à l’occasion du décès du général de Gaulle. Il renaît pourtant rapidement de ses cendres en devenant le supplément hebdomadaire de Charlie Mensuel tout simplement baptisé Charlie Hebdo.
2 - Succédant à René Goscinny aux commandes de Pilote, Guy Vidal a la lourde tâche, au début des années 1970, de consolider un magazine frappé par le départ Reiser et Cabu vers la rédaction d’Hara Kiri ; ceux de Nikita Mandryka, Claire Bretécher et Marcel Gotlib pour créer L’Écho des Savanes ; ou encore ceux de Jean-Pierre Dionnet, Jean "Moebius" Giraud et Philippe Druillet pour fonder Métal Hurlant.






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