Live from Japan : Higanjima - 48 Nichigo... (2e partie)

Higanjima - 48 Nichigo Chapitre 87 (Koji Matsumoto - Kodansha, 2017)

Manga créé par Koji Matsumoto (scénario et dessins) pour l’hebdomadaire seinen Weekly Young Magazine de l’éditeur tokyoïte Kodansha.

Higanjima - 48 Nichigo Chapitre 273 (Koji Matsumot - Kodansha, 2021)

Avec Higanjima - 48 Nichigo..., Koji Matsumoto s’éloigne définitivement du mythe et des archétypes classiques du vampire hérités du Dracula de Bram Stoker. Le mangaka se laisse aller à tous les excès en imaginant, au-delà des simples vampires aux dents pointues et des ogres gigantesques qu’ils peuvent devenir lorsqu’ils sont privés de sang frais (cf. Higanjima, l’île des vampires tome 4 - Soleil Manga, 2005), d’abominables antagonistes toujours plus fous. Mêlant des influences horrifiques diverses et variées, à commencer par le folklore japonais avec ses onis, shinigamis et multiples démons, il construit ainsi un terrifiant bestiaire. Au milieu de ces monstres, on peut aussi croiser des hybrides meurtriers qui rivalisent sans peine avec les Chimère, Manticore et autres créatures issues des mythologies antiques. Dans ce monde complètement fou, Koji Matsumoto nous fait découvrir des vampires qui se laissent aller à leurs plus bas instincts, chassant les humains pour assouvir leurs pulsions de base : se nourrir et forniquer. Certains suceurs de sang tentent même de reconstruire un ersatz de civilisation, comme cette ville modèle, baptisée Blood Paradise, protégée par l’un « Fils de Miyabi », le titanesque Hyomaru, au buste humanoïde sur un corps de tigre. Quant aux hommes-poissons que l’on peut croiser de temps à autre dans la saga, ils ont le bon goût de faire penser sans les copier aux créatures marines de Gyo, classique du manga horrifique de Junji Itô Sensei. Quelle que soit leur forme, ce sont tous des monstres dont la lame vengeresse d’Akira prendra la vie un jour ou l’autre.

Higanjima - 48 Nichigo Chapitre 464 (Koji Matsumoto - Kodansha, 2025)

Si l’ennemi juré d’Akira Miyamoto, le terrifiant Miyabi, n’est pas présent dans tous les épisodes de Higanjima - 48 Nichigo...., son ombre plane dès le premier chapitre publié en 2014 et chacune de ses apparitions se révèle meurtrière pour le petit groupe réuni autour d’Akira. Dans le chapitre 165, il s’attaque ainsi à Samejima et son frère Seiji partis en éclaireurs et dévore ce dernier après avoir éborgné son frangin chauve qui prend la fuite pour sauver sa vie. C’est aussi lui qui tranche le bras gauche de Katsuji, dans le chapitre 442. Des évènements qui se produisent lorsqu’Akira est éloigné de ses amis et qui ne peuvent que décupler la haine qui bouillonne dans le cœur de notre héros. Le fait que le monstre ait converti le frère ainé d’Akira, faisant d’Atsushi l’un des cinq « Fils de Miyabi » ne fait qu’ajouter à son envie de détruire l’être plus de quatre fois centenaire qui est à l’origine de la mort de plusieurs de ses camarades et de la transformation de son amie Yuki Sakashita en hybride monstrueux qu’il sera obligé de tuer au terme d’un long duel dans le chapitre 57. La saga vampirique de Koji Matsumoto ne se terminera que lorsque l’un des deux antagonistes que sont Miyabi et Akira aura trouvé la mort, une mort définitive et ce n’est pas évident quand l’un des adversaires est un vampire surpuissant et l’autre un esprit vengeur qui a pris forme humaine.

Higanjima - 48 Nichigo Chapitre 48 (Koji Matsumoto - Kodansha, 2015)

Higanjima - 48 Nichigo... n’est pas exempt de tout reproche ou de toute critique. Il y a tout d’abord le dessin de Koji Matsumoto un peu daté qui a ce goût rétro qu’on peut apprécier ou pas. Fréquentes au début de l’aventure, les doubles pages se font de plus en plus rares, mais restent toujours impressionnantes surtout lorsqu’elles mettent en scène les plus monstrueuses des créatures du bestiaire d’Higanjami. Il y a ensuite le mode feuilletonnant de la publication et le rythme hebdomadaire du Weekly Young Magazine de Kodansha, qui contraignent le mangaka à produire une vingtaine de pages par semaine avec, dans la mesure du possible, un petit cliffhanger à la fin de chaque chapitre pour fidéliser le lecteur. Comme dans les shônens, mais avec le sang et la violence extrême en plus, on retrouve donc de longs duels, un brin répétitifs, qui nécessitent parfois une bonne dizaine d’épisodes pour voir Akira sortir vainqueur. Il y a bien évidemment bon nombre de facilités scénaristiques qui font régulièrement frôler la mort au héros et à ses compagnons. Ainsi, Samejima qui, rappelons-le a été infecté par le virus vampirique sans virer au suceur de sang, a développé une résistance et une capacité de régénération qui permettent de l’amputer des membres sans qu’il ne meure. Il lui suffit de recoller les morceaux. Enfin, comme dans Higanjima, l’île des vampires, en sus d’une réelle violence due au caractère barbare des vampires, il y a une sexualité tout aussi débridée, même chez les monstres composites et géants qu’Akira et ses amis peuvent croiser. Bref, Higanjima - 48 Nichigo... est le Survival Horror vampirique par excellence, une véritable curiosité éditoriale à la longévité inégalée.

Higanjima - 48 Nichigo Chapitre 304 (Koji Matsumoto - Kodansha, 2022)

Fun-Fact : Aucun des mangas labellisés Higanjima n’a été adapté en anime (on ne comptera pas les 13 épisodes de 3 min d’HiganjimaX exclusifs à Youtube en 2016-2017), il existe cependant plusieurs productions dérivées de l’œuvre de Koji Matsumoto. Nous avons donc deux longs-métrages, le premier intitulé Higanjima (de Kim Tae-gyun, 2009) avec Hideo Ishiguro dans le rôle d’Akira, Dai Watanabe dans celui de son frère Atsushi et Kôji Yamamoto en Miyabi, et Higanjima Derekkusu (de Takeshi Watanabe, 2016), avec Shun'ya Shiraishi (Akira), Ryohei Suzuki (Atsushi) et Louis Kurihara (Miyabi). C’est cette dernière distribution que l’on retrouve au générique de deux séries télévisées : Higanjima (dix épisodes en 2013) et Higanjima: Love is Over (quatre épisodes en 2016). On peut ajouter à cette liste un jeu vidéo produit par Now Production pour la PSP de Sony en 2005.

Higanjima - Derekkusu (de Takeshi Watanane - Shochiku, 2016)

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