BD : Pilote & Charlie n° 1

Pilote & Charlie n° 1 (Nikita Mandryka - Dargaud, 1986)


Rédacteur en chef : Philippe Mellot
Couverture de Nikita Mandryka
Mars 1986 – 132 pages
Éditeur : Dargaud – 25,00 FF (3,81 €)

Il y a quarante ans, en 1986, la bande dessinée ne se déclinait pas uniquement sous forme d’albums, il y avait des publications hebdomadaires, mensuelles ou trimestrielles qui avaient leur public fidèle. Certains existent encore, d’autres pas.

Le Vagabond des limbes dans Pilote & Charlie n° 1 (Julio Ribera - Dargaud, 1986)

Faisant le lien entre ce premier numéro de Pilote & Charlie et les précédentes incarnations de Pilote et de Charlie Mensuel, Nikita Mandryka (1940-2021) offre une couverture en lien avec un rédactionnel consacré à « La BD se met à table » de Philippe Bronson. Cette nouvelle version du magazine BD permet de retrouver quelques piliers du titre. Fred (1931-2013) et son Philémon (1), apparu dans Pilote n° 300 en 1965, viennent conclure « Le diable du peintre », une histoire à suivre inaugurée dans les derniers opus de Charlie Mensuel. On croise également le Vagabond des limbes (2) de Christian Godard (1932-2024) et Julio Ribera (1927-2018), présent au sommaire de Pilote depuis 1979. Cette nouvelle aventure intitulée « L'Enfant-roi d'Onirodyne » voit Musky, le petit clown qui accompagne Axle Munshine , le héros de ce french space opera, décider de vieillir se transformant en la Chimeer qui hante les rêves de celui-ci.

Linda aime l'art dans Pilote & Charlie n° 1 (Philippe Bertrand - Dargaud, 1986)

Continuant à faire le lien entre Charlie Mensuel et Pilote, Jean-Pierre Gourmelen, créateur et scénariste du western Mac Coy pour Pilote depuis 1980, reprend la série Krane (3) qu’il avait conçu avec le graphiste Lionel Bret pour Charlie Mensuel en 1982. Ce dernier ayant abandonné la BD au profit de l’illustration, c’est l’Italien Marco Patrito qui met en images cette plongée dans l’inconnu. Pour sa part, Baru poursuit son Quéquettes Blues Part. Tri (4), sa chronique sociale autobiographique inaugurée en 1983 dans Pilote. Les rendez-vous sexy de François Thomas, Stan Caïman (5), et de Philippe Bertrand (1949-2010), Linda aime l’art (6), respectivement apparus en 1982 et 1983 dans Pilote Mensuel, se poursuivent dans ce Pilote & Charlie n° 1. Ils sont symptomatiques d’une époque où la nudité féminine au-delà de toute nécessité narrative pouvait être un produit d’appel ou un argument de vente, bien avant que les mangas ne popularisent le ecchi et un certain fan-service.

Pognon's Story dans Pilote & Charlie n° 1 (Dimitri - Dargaud, 1986)

Au final, ce premier numéro de Pilote & Charlie apparaît plus comme une continuation de Pilote Mensuel que de Charlie Mensuel complètement phagocyté par son ainé et dont les rares séries reprises appartiennent au catalogue Dargaud ou ont été créées par des auteurs de l’éditeur de Neuilly. D’ailleurs, la marque Pilote & Charlie s’efface, dès septembre 1988, au profit d’un simple Pilote, prélude à une disparition annoncée du magazine frappé, comme ses confrères et concurrents, d’une abyssale baisse des ventes en kiosque et par abonnement. Le public a évolué et préfère désormais consommer la bande dessinée en album plutôt qu’en feuilleton mensuel. En trente ans d’existence, les diverses incarnations de Pilote ont permis de faire découvrir la BD à de nombreux lecteurs, mais aussi à de nombreux artistes de faire leurs premiers pas dans l’industrie qu’est devenue la bande dessinée.

Philémon dans Pilote & Charlie n° 1 (Fred - Dargaud, 1986)

Notes :

1 - Philémon fait partie de ces bandes dessinées inclassables, mélange d’absurde et de non-sens, avec une petite dose d’Alice aux Pays des merveilles, le héros de Fred est emporté sur un monde onirique situé sur les lettres qui compose le mot Océan Atlantique sur le globe terrestre, là où vivent les manu-manu et autres personnages oniriques. Les éditions Dargaud ont publié les quinze albums de Philémon, de « Philémon et le naufragé du A » (1972) jusqu’à « Le Diable du peintre » (1987).

2 - La saga du Vagabond des limbes comprend pas moins de trente-et-un albums publiés entre 2003 par Hachette, le Vaisseau d’Argent et Dargaud. Même si on y retrouve tous les éléments du space opera, vaisseau piloté par une intelligence artificielle, androïdes, clones, Christian Godard et Julio Ribera insufflent à cette série un ton différent.

3 - À l’occasion de la parution de cette suite de Krane, Jean-Pierre Gourmelen est interviewé par Catherine Quenot qui l’interroge essentiellement sur Mac Coy et sa collaboration à distance avec le dessinateur espagnol Antonio Hernandez Palacios.

4 - Même s’il ne fait pas la une de la presse spécialisée, Baru continue à mettre en avant ses origines de Lorrain puisqu’il est né à Thil en Meurthe-et-Moselle et de fils d’immigrés italiens. Il leur rend hommage dans sa trilogie Bella ciao publiée par Futuropolis entre 2020 et 2022. Les trois tomes de son Quéquettes Blues, parus entre 1984 et 1986 chez Dargaud, ont bénéficié d’une réédition en intégrale chez Albin Michel en 1991, puis chez Casterman en 2005.

5 - Macho et sexiste, le Stan Caïman de François Thomas a, depuis sa création en 1982, squatté les pages de Pilote Mensuel, Pilote & Charlie et Pilote, sans oublier un petit détour par l’édition française de Penthouse. Les éditions Dargaud ont réuni ses aventures en quatre tomes publiés en 1986 et 1989.

6 - Le point commun de toutes les apparitions de Linda aime l’art est de magnifier le corps féminin à travers diverses saynètes fantasmées par Philippe Bertrand et collationnées en trois albums par les éditions Dargaud entre 1985 et 1989.

Quéquettes Blues dans Pilote & Charlie n° 1 (Baru - Dargaud, 1986)

Sources :

• « La mémoire de Fluide Glacial » sur BDoubliées, le site qui vous aide à retrouver vos BD : https://bdoubliees.com/pilote/index.html

• Dictionnaire mondial de la bande dessinée de Patrick Gaumer (Larousse, 2010) – articles sur Pilote.

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